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Sunshine

(Sunshine)

 Les critiques

Nombre de critiques : 11

Total des points : 79

Moyenne obtenue : 7.18/10

n°1 - 6/10 Kitsune

13 avril 2007  Attention spoiler

Sunshine: l'éclipse d'un cinéasteIl est toujours délicat de rédiger la critique d'un film quand on est fan d'un genre cinématographique. Le plus dur étant de ne pas tomber lors du visionnage dans l'analyse systématique de chaque plan. Surtout d'échapper à la comparaison à d'autres films, d'y deviner les clins-d'oeil du réalisateur, de juger la crédibilités scientifique (si le propos du film en dépend), ou des effets spéciaux...? Pourtant certains films arrivent à supplanter ce mauvais reflex du spectateur féru de SF. Souvent d'ailleurs ce n'est pas par les effets spéciaux ou l'argument scientifique. C'est avant tout par la mise en scène, les décors, le casting, le jeu des acteurs et l'histoire ?

Sunshine est un énième film sur le devenir catastrophique de l'humanité dont le sort est entre les mains d'une poignée de héros. Il s'agit là d'un cadre qui n'est en rien un obstacle à la réussite d'un bon film. Reste le talent du réalisateur et de toute l'équipe du film. Avec "28 jours" Danny Boyle réalisait un film qui dès les premières minutes nous arrachait à nos références de cinéphiles. Cela ne tenait pas particulièrement à une mise en scène révolutionnaire mais plutôt à une ambiance que le cinéaste avait su nous imposer avec brio. Dès lors les personnages pouvaient évoluer sans risque de dénaturer la tension du film. Comme Spielberg jadis avec "E.T." Danny Boyle filmait son histoire à la manière d'un genre plus proche du documentaire ou de la comédie dramatique. Le fantastique en était renforcé.

Dans Sunshine ce contraste entre la manière et le résultat est quasi-inexistant. Les décors sont volontairement inhabituels à un point que l'on est quelque peu désorienté. Dans le Solaris de Sodergerg les décors avait aussi fait l'objet d'une réflexion importante. Tout cinéaste dont la SF n'est pas une vocation première affichée, a une approche originale et personnelle. Soderberg a certainement réussi en parti son pari en gardant une majorité des codes graphiques du film SF afin de mieux en faire ressortir son travail de mise en scène et de directeur d'acteur.

Dans Sunshine les décors intérieurs du vaisseau IcarusII rappellent parfois des salon de thé à la japonaise (le Japon est d'ailleurs très présent. Le commandant est joué par l'acteur japonais Hiroyuki Sanada, on y mange le repas avec des baguettes...) ou bien à des intérieurs plutôt design 90'. Le contraste avec l'aspect extérieurs du vaisseau rends le tout presque incohérent. Ce vaisseau se devait d'être le 9ème acteur du film. C'est disons presque un exercice imposé. Le premier film qui intégrait avec maestria le vaisseau spatial comme élément aussi important que les personnages centraux fut " 2001 l'odyssée de l'espace". Puis influencé par la "crassure" des vaisseaux dans "Star wars" mais aussi sous l'effet hypnotique et sombre de Gigger ce fut à Ridley Scott de franchir un autre niveau dans ce partage des rôles entre décor et personnages. Depuis il n'y eu que très peu de nouveauté. Certainement pas d'ailleurs d'un film dont le thème principal aurait dû faire franchir une nouvelle étape dans ce domaine. Je parle bien sûr de Event Horizon. A force de vouloir rendre le vaisseau inquiétant (salle au design gothique, matrice aux allures de salle de tortures médiévale...), l'intrigue et le suspense tombait à plat.

Dans Sunshine il y a bien entendu des éléments de décors qui tentent d'apporter au récit une certaine poésie voir des éléments qui touchent au métaphysique. La salle d'observation du soleil en fait partie. Seulement, comme ce fut le cas avec Paul Anderson et son Event Horizon, c'est trop évident. De plus on se croit presque dans un salon dernier cri avec écran plasma et" dolby suround 5.1". Les personnages aussi manquent totalement de profondeur. L'affiche française dans ce sens est d'une maladresse évidente. On croirait presque à une énième production pour ados. Même à ce niveau le film ne s'annonce pas mystérieux ou intrigant. Quand on se remémore des affiches comme celles de "Alien" ou "the Thing" de Carpenter, on ne peux que rester perplexe.

Mais tout cela n'étant pas forcement à la charge du réalisateur, intéressons nous aux personnages dans le film. Tout d'abord la moyenne d'âge fait plus penser à l'équipe d'une start'up qu'à une élite dont dépend le sort de l'humanité. Les conflits internes, les erreurs de jugement de certain, la candeurs des autres, tout cela est très premier degré. Dans tout huit clos il est impératif que l'interaction des personnages serve le récit tout en y insérant des moments d'émotion d'intensité et de surprise, autrement dit, " le facteur humain". Dans Sunshine les personnages sont chacun d'une seule teinte, sans jamais s'approfondir au fur du récit. Le personnage de Capa peut-être encore plus que les autres. Au final on ne sait pas qui il est. Ses réactions aux nombreux rebondissements n'ont pas la profondeur, l'intensité ou même le naturel pour convaincre et moins encore nous surprendre. Quand il répond que la mort ne lui fait pas peur, personne ne peut réellement savoir pourquoi. Dès lors le spectateur est perdu. Comment alors trouver poignant la scène où l'équipe se trouve devant le dilemme insurmontable de devoir sacrifier des vie pour garantir suffisamment d'oxygène aux survivant pour pouvoir rentrer sur terre après la mission. Cette situation tragique n'est pas inédite au cinéma. Danny Boyle n'a pas exploité son art du cinéma pour la porter au paroxysme tant espéré. Comment ne pas être tenté par la comparaison avec le très méconnu "Stranded" de Luna. Même situation, mêmes décors. Et pourtant dans ce film à moindre budget le facteur humain y est prépondérant avec des acteurs totalement imprégnés de l'intensité du drame auquel ils font face. L'aspect mystique, spirituel ou métaphysique dans Sunshine est tout aussi gommé par des manquement à la fois scénaristique, visuels et narratif. Pourtant la scène où Capa apprend qu'il y a un passager non identifié à bord du vaisseau est certainement la plus intense. Qui est-il, pourquoi, comment...Cette impossibilité est plus surprenante que tous les autres rebondissements du film. C'est certainement la seule scène qui nous offre un certain vertige.

Le film devait dès lors nous permettre de décoller. Non. Le film atterrit sur une piste glissante. Au lieu d'approfondir, d'opacifier la situation, Danny Boyle nous plonge dans une course poursuite dans les couloirs du vaisseau entre Capa et un pseudo mystique défiguré et flou, sorte de freddy virtualo-réel prônant dieu et la poussière à laquelle nous devons tous retourner. L'action l'emporte sur le contenu. Je conseil d'ailleurs au passage la lecture (si traduite) d'une des BD de la série "l'oiseau de feu (Hi no Tori)" de Osamu Tezuka, " Espace". Le thème du passager inconnu glace le lecteur. Même dans les scènes où le " spectre/zombie" s'attaque aux derniers survivants d'Icarus II, on reste sur notre faim. Le plan de Capa derrière son hublot bien que très bien filmé n'arrive pas à rivaliser avec celui de Ripley dans le premier "Alien" lors de la scène finale. Certes il ne faut pas toujours comparer. Mais Danny Boyle cite ces films comme des chefs-d'oeuvres auxquels il a tenté de se mesurer à sa façon.

On sort de ce film sans même avoir eu droit à une idée, une réflexion, une parabole, et encore moins à une intrusion dans l'univers d'un cinéaste. C'est décevant après les réussites du réalisateur. Soulignons toutefois la beauté des effets visuels. Tout comme dans le Solaris de Soderberg l'espace, et ici le soleil (la planète Solaris pour Soderberg), y sont tout simplement sublime. C'est peut-être là le plus grand échec du film. Seul y brille vraiment ce soleil sans que pour autant Danny Boyle lui ai accordé une intensité autre que les lumens qu'il génère. Comme Icar, Boyle s'est mesuré à un astre et s'est brûlé les ailes.

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