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Monsieur Joe

(Mighty Joe Young)

 L'histoire

Afrique. Jill Young est une enfant de 5 ans. Elle a perdu sa mère et vit seule dans la ferme de son père. Lasse de passer ses journées seule sans personne avec qui s'amuser, elle achète en secret un bébé gorille qu'elle baptise Joe.

New York, 12 ans plus tard. Le businessman de renom Max O'Hara a décidé de partir en Afrique pour capturer des animaux sauvages qu'il pourra présenter dans ses spectacles new yorkais très renommés et toujours plus impressionnants. Ce que lui et Gregg Johnson - un champion de rodéo qu'il vient d'embaucher - vont trouver, surpasse toutes leurs attentes : un gorille géant de plusieurs mètres de haut. Mais, plus incroyable encore, la monstrueuse et dangereuse créature semble répondre à la douce voix de la belle Jill Young. Usant de tous les stratagèmes, O'Hara parvient à convaincre la jeune femme de partir avec Joe à New York où l'attendent célébrité et fortune…

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Le petit mot du Doc

Après la deuxième guerre mondiale, Merian C. Cooper, le producteur de KING KONG, abandonne la direction de la RKO et s'associe à John Ford au sein de la compagnie de Production Argosy Pictures. En 1946 il réunit l'équipe de KING KONG pour mettre en images un nouveau projet dans lequel évolue une nouvelle fois un grand singe. Il charge une fois de plus Willis O'Brien des effets spéciaux, Ruth Rose du scénario et donne les commandes du film à son ami Ernest B. Shoedsack. Il s'inspire d'une histoire vraie, un livre intitulé "Toto et moi" dans lequel une femme dresse un jeune gorille dont la mère a été abattu par son mari.

Nous avons cette fois-ci affaire à un gorille gentil et il s'appelle Joe ! Le film produit par Cooper et Ford, volontairement ouvert à un plus large public, est vendu à la RKO. Neuf scripts successifs amènent à l'histoire définitive qu'on intitule "Mr Joseph Young of Africa" : Joe, exhibé dans un cabaret devient un objet de foire. Séances de tir à la corde, mise en scène dégradante, jet d'objets de toute sorte… le manque de respect du public pour la créature finit par mener au carnage annoncé lorsqu'un trio d'hurluberlus saoule le gorille. Condamné à mort et poursuivi par la police, Joe se rachète en sauvant des enfants d'un orphelinat en flammes.

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Si Cooper, grand fan du Technicolor, envisage de tourner en couleur, le budget l'en empêche. Le film sera toutefois coloré ultérieurement par RKO Pictures en 1989. La production débute à la fin de l'année 1947, soit un an après le lancement du projet qui peine à trouver son financement.

Depuis KING KONG, les effets spéciaux ont évolué. Projection arrière plan, mate paintings, caches et contre-caches, toutes les techniques connues de l'époque sont mises en œuvre. L'effet peau de lapin s'est estompé. Marcel Delgado, le responsable de la fabrication des figurines d'animation, a remplacé la peau de lapin utilisée pour confectionner la fourrure du gorille par de la fourrure de nouveau né d'agneau qui marque beaucoup moins les empreintes laissées par les animateurs.

La masse de travail est telle que Willis O'Brien ne peut intervenir seul. Le père de King Kong fait alors appel à un jeune technicien qu'il a rencontré en 1939 lors des préparatifs de tournage du film WAR EAGLES, un autre projet de Merian C. Cooper qui ne verra jamais le jour à cause du conflit qui débute en Europe. Ce jeune technicien qui voue une réelle admiration à O'Brien se nomme Ray Harryhausen. Le travail qu'il fournit est si convainquant que l'on confie au jeune animateur des scènes entières. C'est par exemple lui seul qui réalise l'animation de la première apparition du gorille qui s'emploie à détruire la cage d'un lion, une scène qui lui demande un mois de travail intensif. Mieux, les autres techniciens étant pris sur d'autres tâches, Harryhausen finalise à lui seul 90% des plans d'animation, ce qui l'occupe durant six mois. Il n'a échappé à personne que le jeune homme deviendra le "grand Harryhausen", spécialiste s'il en est du stop-motion dans les films cultes comme LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT (1956), À DES MILLIONS DE KILOMÈTRES DE LA TERRE (1957), JASON ET LES ARGONAUTES (1963) ou encore LES PREMIERS HOMMES DANS LA LUNE (1964).

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La scène de "tentative" de capture du gorille au lasso est la réminiscence d'une scène que Willis O'Brien a en tête depuis quelques temps déjà : un projet nommé "Gwangi" malheureusement annulé. La scène voyait des cowboys capturer un dinosaure au lasso. Pour l'anecdote, ce film verra finalement le jour sous le titre LA VALLÉE DE GWANGI en 1969 sous la caméra de Jim O'Connolly, soit 7 ans après la mort de Willis O'Brien décédé le 8 novembre 1962. Et c'est Ray Harryhausen qui se chargera de l'animation des figurines en hommage à son mentor.

La puissance des syndicats oblige à l'embauche de bien plus de personnel qu'il n'en faut, augmente le coût de production du film (le budget grimpe à près de 2,5 millions de dollars) et allonge inexorablement les délais. Pendant que la production s'éternise, John Ford, maitre du western américain à qui l'on doit des titres comme FORT APACHE (1948) ou LA CHARGE HEROIQUE (1949), a le temps de tourner 3 films.

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En mars 1949, le film change de nom. Il devient THE GREAT JOE YOUNG avant de définitivement s'intituler MIGHTY JOE YOUNG. Il sort sur les écrans américains le 30 juillet 1949 et sur les écrans français le 13 janvier 1950 sous le titre MONSIEUR JOE. Malgré tous les efforts déployés, MONSIEUR JOE n'obtient pas le succès escompté auprès du public mais reçoit de la part des professionnels du cinéma un Oscar pour ses effets spéciaux. Un remake, MON AMI JOE, dirigé par Ron Underwood avec Charlize Theron, Bill Paxton verra le jour presque 50 ans plus tard en 1998. Terry Moore, la jeune héroïne de MONSIEUR JOE y fera même un caméo.

09 septembre 2014