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Peur noire

(Die Krähen)

 L'histoire

Quelque part en banlieue de la capitale allemande. Deux transporteurs routiers font une fausse manœuvre au cours du chargement d’une énorme caisse : celle-ci tombe, se brise et s’en échappe un grand vol de corneilles… Alexandra Werner et son mari Mark, elle vétérinaire et lui avocat, ont décidé de s’installer en dehors de Berlin, à la campagne. Lors de ses déplacements pour ses interventions dans les fermes, elle constate l’étrange comportement de corvidés ; en particuliers les intrusions belliqueuses des volatiles qui s’emparent de tout ce qui ressemble à de la viande. Lors d’un barbecue familial, elle est particulièrement étonnée de constater l’organisation des corneilles pour s’emparer des victuailles.

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Les sérieuses bases en éthologie1 que possède Alexandra l’amène à être plus attentive à ces phénomènes car les offensives aériennes s’étendent maintenant aux terrasses des restaurants de Berlin, où elle se rend encore régulièrement. Quand, dans un jardin public, elle voit une corneille perchée sur un landau et l’animal s’intéresser au bébé, elle est certaine qu’il se passe quelque chose d’inquiétant …

Elle décide alors de demander conseil à son ancien professeur, le docteur Nowak, à l’institut Konrad Lorenz2 ; où elle apprend qu’il est décédé récemment. Elle décide d’exprimer ses inquiétudes au directeur de l’établissement. Celui-ci la rassure et met ses inquiétudes sur le fait qu’elle est enceinte et doit accoucher dans trois mois… Mais Alexandra, qui a découvert en pleine nature une grange isolée que les corneilles ont choisie comme nichoir géant, est maintenant convaincue que ces oiseaux devenus carnivores ont un lien direct avec les travaux de Nowak : elles sont toutes baguées ; aucun doute, son ancien professeur menait des expériences génétiques sur les corneilles noires. Elle s’investit dès lors totalement dans la façon de récupérer les oiseaux, qui s’attaquent maintenant aux humains. Les autorités locales ont, elles, décidés d’abattre les corvidés ; ce qui, de l’avis de la vétérinaire, est la pire des solutions…

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Le petit mot de Francis SCHALL

Il y a souvent contestation par certains puristes à intégrer les attaques animales dans le genre SF… Ce serait alors exclure des films tels des divers KING KONG, THE HOST de Joon-ho Bong (2006), PHASE IV de Saul Bass (1974), LES INSECTES DE FEU de Jeannot Swarc (1975), pour ne citer que quelques titres au hasard parmi des dizaines et des dizaines d’autres faisant intervenir arachnides, crocodiliens, rongeurs, etc. En tout cas ici, pas d’hésitation : c’est bien un savant délirant qui manipule les génomes des oiseaux…

Ce téléfilm allemand –qui contentera évidemment les amateurs d'attaques animales- est un hommage non dissimulé aux OISEAUX3 d'Hitchcock, cité dès le début dans le titre d'un journal berlinois, ainsi que dans l’avant dernière séquence au ton apocalyptique qui, visuellement, renvoie directement au chef-d’œuvre de grand Hitch !

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Les Allemands ne sont pas mauvais dans le genre qu’ils pratiquent régulièrement : LE MONSTRE DU LAC de Richard Huber (1999) ; RATS - L'INVASION COMMENCE de Jorg Luhdorff (2001) -dont les Français firent un lourd remake : ALERTE À PARIS! ; et VIRUS UNDEAD de Wolf Wolff qui, deux ans après PEUR NOIRE, reprend le sujet en y ajoutant la menace de la grippe aviaire. Pour rester dans ce thème largement décliné au cinéma, il faut également citer –aux USA cette fois- KAW de Sheldon Wilson (2007) : des corbeaux, qui ont mangés de la viande de vaches affectées par l’encéphalopathie spongiforme bovine se déchainent sur une petite ville…

Ici, sans que le scénario soit particulièrement original, il intègre néanmoins une enquête scientifique intéressante. Dommage que la fin s’étire avec : 1/ des agapes familiales ; 2/ l’inutile plan sur la corneille survivante, bien pratique pour ouvrir sur une éventuelle suite… Peu de moyens (apparent) pour ce téléfilm, mais les effets spéciaux sont acceptables et, avec une mise en scène classiques mais correcte, PEUR NOIRE nous offre une ambiance assez inquiétante. On notera aussi que les images (surtout des campagnes autour de Berlin) sont souvent belles.

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Rien à signaler du réalisateur Edzard Onneken : il ne travaille pratiquement que pour la télévision, sur des séries et des téléfilms aux titres évocateurs (LE MARIAGE DE MON EX, MA BELLE-FILLE EST UN HOMME, UNE FEMME TRAHIE). La plupart des interprètes sont des habitués des séries d’Outre-Rhin, pas désagréable à regarder mais je ne saurai en dire plus n’ayant vu ce téléfilm qu’en VF. Si au départ Susanna Simon (Alexandra Werner) peut agacer, son énergie et quelques touches d’humour (l’excellente idée –mais bien peu féministe !- d’user de son état de femme enceinte autant comme bouclier que comme sésame) nous la font adopter…

Francis Schall

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1L’étude des comportements animaux.
2Konrad Lorenz (1903-1989), zoologiste et biologiste autrichien, prix Nobel de physiologie. Auteur de « Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons » et « L'Agression, une histoire naturelle du mal », livres qui ont eu une très large audience internationale, dans lesquels il résume ses recherches sur les comportements des animaux sauvages et domestiques.
3LES OISEAUX d’Alfred Hitchcock, adapté en 1963 du roman de Daphnée du Maurier ; nouvelle publiée en 1952 dans le recueil « Les Oiseaux et autres nouvelles » (The Birds and other Stories).

25 juillet 2012