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Le voleur invisible

(Le voleur invisible)

 L'histoire

 Histoire complète

Un homme en costume et casquette à carreau (le type même du petit voyou à l’habit de mauvais goût !) s’arrête devant le présentoir d’un libraire, découvre et feuillette… « L’homme invisible » de H. G. Wells1 ! Fasciné par le sujet, il achète le livre et rentre chez lui. Dans son meublé, il se plonge dans la lecture de l’ouvrage, où il trouve la « FORMULE POUR L’INVISIBILITÉ DES CORPS » :

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Invisibilyte … 15 goutes
Vaporine…………2 grammes
Fluidythe……….10 centilitres

Il apparait qu’il a déjà tous les ingrédients nécessaires sur sa table de nuit, à partir desquels il prépare la potion ; qu’il boit de suite, bien entendu. Aussitôt, il disparaît, ne subsistant que son costume qui semble s’agiter tout seul… L’Invisible quitte alors ses vêtements qu’il jette à travers la pièce ; puis, dans la chambre vide, la porte s’ouvre et se referme toute seule.

Dans un intérieur bourgeois, les propriétaires, avant de quitter les lieux, recommandent à leur domestique de bien fermer la maison. Ce que s’empresse de faire le serviteur. Mais, malgré ses nombreux verrous, l’entrée principale ne résiste pas au pied de biche du voleur. Celui-ci fouille systématiquement la maison, déplace les meubles, inspecte un secrétaire et ses divers tiroirs, s’empare de l’argenterie… sans être visible, évidemment. Il emballe son butin et disparaît… si on peut dire, puisqu’invisible déjà !

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De retour chez lui, il cache le paquet contenant ses larcins et redevient apparent en mettant ses vêtements, des gants et un masque. Puis il ressort et immédiatement, dans la rue, subtilise le sac d’une femme qui, avec son mari, sont en arrêt devant un magasin. Les victimes découvrant le vol alertent la police et deux bobbies se lancent à la poursuite du délinquant, qui fuit sans vergogne vers son domicile.

Les policiers l’y pourchassent, mais dès arrivé chez lui le bandit invisible se débarrasse de ses vêtements et sème la plus grande confusion chez ses poursuivants. Il les rosse ensuite jusqu’en bas des escaliers, toujours imperceptible.

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Le petit mot de Francis SCHALL

Le voleur invisible est à ma connaissance la première adaptation (très libre) du célèbre roman de Wells, paru en 1897. On le trouve parfois faussement attribué à Ferdinand Zecca, qui travaillait lui aussi pour Pathé frères. Il faudra attendre ensuite la venue du parlant (il est vrai que le personnage ne satisfaisant pas la vue doit bien s’exprimer par autre chose qu’uniquement ce qu’il déplace…) et le film de James Whale en 1933 (avec Claude Rains), pour retrouver le mythique personnage.

Dès l’arrivée du parlant et pour plusieurs décennies, le nom de Segundo de Chomon, du moins auprès du grand public peu habitué à différencier les styles, fut occulté par celui de Méliès. Espagnol, il est embauché chez Pathé frères dès 1905, justement pour répondre dans le domaine des "films à truc" aux productions du magicien de Montreuil. Ces films les plus réussis sont des années 1908 et 1909, brève période où il fit preuve d’une belle invention et de formidables trouvailles dans le domaine des trucages ; il intégra régulièrement dans ses productions des tournages en extérieurs, à l’inverse de Méliès qui se cantonnait dans son studio de Montreuil. Il fut aussi un des meilleurs coloristes de pellicule, pour lui-même et nombre de ses confrères. Il utilise ici deux techniques pour ses trucages : la surimpression, et le tournage image par image, celui-ci grâce à une caméra de sa création.

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On sera attentif à diverses choses dans le courant du film… Quand le voleur prépare l’élixir d’invisibilité, puis dans la rue quand il explore les poches d’un bourgeois et vol le sac de sa femme, l’acteur fait des mimiques vers la caméra, prenant ainsi les spectateurs à témoin, les rendant pratiquement complice !

Quoique tourné en France, pour la vraisemblance par rapport au roman les policiers qu’appellent le couple volé dans la rue sont des… bobbies !! On remarquera sur le côté du coffre (à 2 minutes du début), à côté de la porte fracturée, le dessin d’un coq : c’est la marque déposée de Pathé frères. Dès le début du siècle, Gaumont (la marguerite), Pathé (le coq), Méliès (l’étoile de sa Star film) marqueront leurs productions de leurs emblèmes dans les images même : on n’était jamais assez prudent à cette époque où les copies, vendues aux exploitants, étaient régulièrement manipulées, tronquées souvent, et les sujets copiés sans complexe. D’autant plus que de l’autre côté de l’Atlantique, un certain Thomas Alva Edison voulait imposer son emprise sur l’ensemble du cinématographe naissant et truster tout ce qu’il pouvait, par tous les moyens et souvent les moins honnêtes !

A la fin, l’agression des représentants de l’ordre dans sa chambre, est de la même manière que ce que nous montre James Whale dans sa version… mais qui n’a rien à voir avec le roman de Wells.

Dernière considération, météorologique celle-ci, et qui est valable pour pratiquement toutes les adaptations de « L’homme invisible » : il est à souhaiter pour le personnage que cette histoire se déroule pendant les beaux jours, sans quoi, notre voleur tout nu risquerait de prendre froid !

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Je vous recommande instamment le site des Cinémathèque européennes2. J’y ai découvert d’autres perles du cinéma de science-fiction avant la science-fiction (j’entends par ceci : d’avant l’invention du terme par Hugo Gernsback en 1929), dont LES AVENTURES DE SATURNIN FARANDOLE, une des deux seules adaptations d’Albert Robida, ou LA GUERRE AÉRIENNE DU FUTUR de Walter R. Booth (1909).

Francis Schall

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1On notera que les initiales de Wells sont inversées sur la couverture du livre : « G. H. Wells » au lieu de H. G. Wells, Herbert George…
2Voir le film sur Europa Film Treasures

21 juillet 2012