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Pacific Rim

(Pacific Rim)

 L'histoire

Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses venues d’ailleurs, les "Kaiju", ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été mise au point : de gigantesques robots, les "Jaegers", contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie grâce à une passerelle neuronale baptisée "la dérive". Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaiju.

Alors que la défaite paraît inéluctable, les forces armées qui protègent l’humanité n’ont d’autre choix que d’avoir recours à deux héros hors normes : un ancien pilote au bout du rouleau et une jeune femme en cours d’entraînement qui font équipe pour manoeuvrer un Jaeger d’apparence obsolète. Ensemble, ils incarnent désormais le dernier rempart de l’humanité contre une apocalypse de plus en plus imminente…

Gipsy Danger - Pacific Rim
Gipsy Danger

Le petit mot du Doc

"Pour combattre ces monstres, nous avons créé d'autres monstres".

Après 5 ans de projets avortés, repoussés et de diète de mise en scène, le réalisateur mexicain Guillermo Del Toro porte enfin à l'écran l'un des projets les plus ambitieux de sa carrière, une œuvre inédite qui n'est ni une préquelle, ni une suite, ni un reboot, ni même une adaptation de comic ou autre série. Après avoir magnifié les monstres dans le fantastique et le film d'horreur d'inspiration gothique, il s'attaque ici à la pure science-fiction et fait un véritable hommage aux Kaiju eiga (films de montres japonais) dont l'arrière grand-père se nommait GODZILLA (1954). Quel autre réalisateur que ce passionné de monstruosités pouvait prétendre à présenter un tel film ? Avec une belle collection personnelle de figurines Kaiju qui transforment son domicile personnel en véritable petit musée, le cinéaste a une connaissance encyclopédique des Kaiju et de la culture des Méchas. Durant son enfance, il a littéralement baigné dans ces films et séries nippones qui fourmillent de monstres et autres robots géants. ULTRAMAN (1972) et la série des GODZILLA (1954) et GAMERA (1965) n'ont plus aucun secret pour lui.

On doit l'origine de PACIFIC RIM au scénariste Travis Beacham qui a imaginé cette histoire. Il se trouvait sur la côte californienne – qui fait partie de la ceinture de feu du Pacifique –, quand il a eu l’idée du film dans ses grandes lignes : "Alors que je marchais sur la plage de Santa Monica, par un matin brumeux, la digue que j’apercevais au loin, dans le brouillard, m’a soudain fait penser à un monstre gigantesque sortant de l’eau pour aller affronter un robot géant qui l’attendait sur le rivage. L’intrigue a pris forme quand je me suis mis à réfléchir qui pouvait bien piloter le robot. J’ai finalement décidé qu’il devait y avoir deux personnes aux commandes, dont les esprits étaient étroitement liés pour leur permettre de contrôler une machine aussi imposante. Les pièces du puzzle ont alors commencé à se mettre en place de façon quasi naturelle".

Mako, Pentecost et Raleigh - Pacific Rim
Mako, Pentecost et Raleigh

Après avoir collaboré à l’écriture du CHOC DES TITANS (2010) avec les producteurs Thomas Tull et Jon Jashni, Beacham leur a soumis son idée, pour le moins originale, d’une guerre sans merci pour le contrôle de la planète – une guerre dans laquelle hommes et machines affrontent un ennemi commun qui ne vient pas des confins de notre galaxie, mais qui surgit plutôt des entrailles de la Terre. Guillermo Del Toro s'est alors joint à eux, non sans avoir préalablement pensé que ce genre de film avait déjà été réalisé, et dont il ne trouva au final aucune réelle référence 'live'.

Certes, l'idée de voir combattre des monstres et des robots géants n'est pas neuve : depuis GODZILLA, les Kaiju ont été innombrables et variés. Quand aux Méchas, ces monstres de métal pilotés par des humains, ils ont surtout pris vie dans les mangas et autres dessins animés japonais tels que MAZINGER Z (1972) pour trouver leur fer de lance avec GOLDORAK en 1975, le plus connu de tous. Plus récemment, GUNDAM (1979) leur a fait la part belle et dans EVANGELION (1995), évolution ultime, les robots géants étaient pilotés par liaison neuronale.

Au cinéma les choses sont un peu différentes. Il n'est en effet pas facile de mettre en images ce genre de bestiaire, tant biologique que métallique, et encore moins de le faire combattre de façon décente sans plonger dans le ridicule. Ce sont alors encore des acteurs en costume qui se chargent de mener à bien cette mission. Il faut attendre la fin des années 80 pour trouver un film de Méchas suffisamment convainquant avec un certain ROBOT JOX (1989) de Suart Gordon. Mais la thématique du robot géant piloté est peu exploitée, tout au plus quelques apparitions exceptionnelles : humoristiques dans MARS ATTACKS! (1996), APPELEZ-MOI DAVE (2008) ou encore LES VOYAGES DE GULLIVER (2010), plus sérieuses parmi quelques machines de guerre terrestres de STAR WARS : EPISODE II - L'ATTAQUE DES CLONES (2002). Si d'autre films présentent des robots géants, ils sont soit extraterrestres, tel Gort de LE JOUR OÙ LA TERRE S'ARRÊTA (1951/2008), Optimus Prime et ses co-équipiers de la série des TRANSFORMERS (2007..2014), soit purement robotiques (ROBOCOP - 1987) ou pilotés à distance (REAL STEEL - 2011).

Première mission pour Mako Mori - Pacific Rim
Première mission pour Mako Mori

Dans PACIFIC RIM, Guillermo Del Toro fait coup double. Il met non seulement à l'honneur les monstres Kaiju japonais mais aussi les Méchas qui vont (presque) de pair. L'intelligence du cinéaste, hollywoodien d'adoption, est justement de ne pas verser dans le patriotisme américain trop souvent vu et attendu de la part d'une grosse production étasunienne. Ici l'ampleur du problème est internationale et se focalise sur Hong Kong, encore un hommage aux Kaiju eiga. Toutes les nations ont subi et subissent encore des attaques de Kaiju et, pour rivaliser avec eux, les hommes de chaque pays ont du abandonner les frappes militaires conventionnelles au profit de ces Jaegers (terme signifiant "chasseur" en allemand). Dans cette optique là, Del Toro a fait de son mieux pour que chacun des quatre et ultimes Jaegers présentés dans le film comme l'arme ultime et le dernier rempart avant l'extinction de l'humanité, ait une connotation propre à un pays différent.

Ainsi le Cherno Alpha russe est un Jaeger de série T pourvu d’un réacteur nucléaire surdimensionné. Sa force compense son allure pataude. C’est le plus vieux, et le plus lourd, des Jaegers encore debout. Crimson Typhoon, le Jaeger chinois, est le seul à être équipé de trois bras, grâce à son trio de pilotes. Ses mouvements évoquent largement des figures d’arts martiaux. Le Striker Eureka australien est le tout dernier modèle de Jaeger et, à ce titre, il est donc beaucoup plus rapide et maniable. Enfin, le héros de PACIFIC RIM est l'américain Gipsy Danger. C'est un modèle ancien de catégorie 4 mais qui tient toutes ses promesses lorsqu'il est piloté par un duo compétent. Face à ces géants d'acier, le film découvre des monstre Kaiju toujours plus imposants, puissants... et intelligents. D'ailleurs leur tactique semble bien raisonnée pour de simples bêtes ! Sans tout nous dévoiler, le film ne manquera pas d'attirer notre curiosité sur les dessins de ces monstres. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Comment ont-ils élaboré leur stratégie ? Quelques surprises attendent le spectateur. Parmi les Kaiju, certains ont été nommé en fonction de leurs caractéristiques physiques principales, comme Knifehead (Tête de lame) qui ressemble pas mal à Guiron dans GAMERA CONTRE GUIRON (1969) - là encore un bel hommage -, Axehead (Tête de hache), Leatherback (Dos de cuir), etc. Bref, tout ceci ressemble à un grand match de catch, sans doute le propre du Kaiju eiga !

Un redoutable Kaiju - Pacific Rim
Un redoutable Kaiju

Une petite subtilité scénaristique dynamise les rapports entre les personnages et donne une dimension plus humaine à ces machines géantes que sont Jaegers. Dès le lancement de l’opération Jaeger, il est apparu clairement que la complexité et la taille hallucinante des robots ne permettent pas qu’un seul pilote soit aux commandes. La charge neuronale s’avère fatale pour un seul cerveau. Finalement, les scientifiques ont compris que le pilotage n’est possible qu’avec deux pilotes : l’un contrôle l’hémisphère droit du Jaeger, l’autre le gauche. Mais pour que cela fonctionne, ils doivent être parfaitement synchronisés, à la fois physiquement connectés au robot et psychiquement l’un à l’autre. Cette symbiose mentale appelée "la dérive", donne un accès total à votre cerveau, vos pensées les plus intimes, vos plus infimes souvenirs et la moindre de vos émotions. Pour cela, la plupart des tandems de pilotes de Jaeger sont des membres d’une même famille, comme c’est le cas pour Raleigh Becket et son frère aîné. Dès que les Jaegers ont commencé à prendre le dessus face aux monstrueux envahisseurs, leurs pilotes héroïques ont été adulés par le public comme d’authentiques rock stars.

Pour son casting, Del Toro a choisi de faire appel à des acteurs talentueux et peu connus du grand public. Ainsi, le duo mixte qui pilote Gipsy Danger est formé de l'anglais Charlie Hunnam vu dans LES FILS DE L'HOMME (2006) et de la japonaise Rinko Kikuchi, propulsée sur la scène internationale en 2006 avec BABEL d’Alejandro González Iñárritu. Plus connu, Idris Elba incarne Stacker Pentecost, le commandant du Pan Pacific Defense Corp et désormais à la tête du mouvement de la résistance. On l’a récemment vu dans le PROMETHEUS (2012) de Ridley Scott et dans THOR (2011) dirigé par Kenneth Branagh. Autre "gueule" indissociables des films de Guillermo Del Toro, celle de Ron Perlman, son ami de toujours, qui a trempé dans tous les films du cinéaste dont le plus emblématique reste sans doute HELLBOY (2004) et sa suite HELLBOY II : LES LÉGIONS D'OR MAUDITES (2008). Il joue ici le rôle d'un trafiquant d'organes de Kaiju à qui il va arriver une drôle d'aventure… jusqu'après le générique de fin ! La note d'humour donnée au film est quant à elle apportée par le biais des deux scientifiques : Newton Geiszler et Herman Gottlieb. Véritables Dupont & Dupont qui se chamaillent à bout de champ, tous les deux adoptent une approche radicalement différente pour percer le secret des Kaiju. Le premier est joué par Charlie Day, très apprécié du public comme des critiques grâce à ses talents comiques. Il joue actuellement dans la neuvième saison de la sitcom PHILADELPIA. Quand à Herman Gottlieb, il est interprété par Burn Gorman qui a tourné l’année dernière dans le film THE DARK KNIGHT RISES de Christopher Nolan.

Si PACIFIC RIM ne brille pas par la richesse de son scénario, tout spectateur qui a un temps aimé les Keiju eiga et autres japonaiserie de science-fiction repartira émerveillé par les images et la composition du film. Bénéficiant d'une 3D post-produite parfaite et quasi digne d'un AVATAR (ce dernier pourtant tourné en 3D), il faut absolument noter l'immense travail produit par ILM (Industrial Light & Magic), la société formé jadis par George Lucas pour LA GUERRE DES ÉTOILES (1977). Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, aguerri par les créatures de JURASSIC PARK (1993) et TRANSFORMERS (2007), ce n'est pas l'animation CGI des Kaiju et des Jaegers qui a posé le plus de problèmes aux animateurs d'ILM mais assurément la taille inédite de ces personnages. Et pour chaque fois en cerner mieux leur gigantisme on notera une foultitude de détails alentours : une passerelle avec ses techniciens, un navire, une pluie torrentielle, etc. Pour une première collaboration avec Guillermo Del Toro, ILM s'est surpassé !

L'équipage australien de Striker Eureka - Pacific Rim
L'équipage australien de Striker Eureka

Je n'ai personnellement pas été élevé au Kaiju eiga, ma "formation" aura sans doute été plus dévouée au space opera, mais il faut reconnaître que pour les spectateurs qui ont grandi avec Goldorak et Godzilla, PACIFIC RIM s'apparente à un rêve de gamin devenu réalité ! C'est quoi qu'il en soit le plus beau des hommages fait aux films de science-fiction japonais.

21 juillet 2013