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Le voyage à travers l'impossible

(Le voyage à travers l'impossible)

 L'histoire

 Histoire complète

Avec l’aide d’une société savante et de quelques riches mécènes invité à la démonstration de son projet, le professeur Mabouloff (Crazyloff, dans la plupart des versions anglo-saxonnes), prépare longuement dans une usine son véhicule, puis s’embarque avec ses compagnons pour un voyage vers le soleil.

Départ du train des étoiles pour les Alpes traversées en train et à bord d'un mini-bus mécanique. Le transport stellaire original prend son élan grâce au versant de la montagne.

En avant vers le soleil - Le voyage à travers l'impossible
En avant vers le soleil
Arrivée - Le voyage à travers l'impossible
Arrivée

Le train traverse l'espace, pour finir par pénétrer dans la bouche du Soleil ; qui en rote des flammes ! Ressorti d’on ne sait où il s’écrase sur la surface très accidentée et couverte de feu. S’étant extrait des décombres, la dizaine de passagers se congratule d’être encore en vie, avant de partir à la découverte de l’astre. Ils s’esbaudissent des merveilles qu’ils rencontrent, mais las de la chaleur ambiante, ils montent dans un wagon glacière –miraculeusement indemne !- qui les transforme vite en glaçon géant. Mabouloff, qui était resté à l’extérieur, allume un feu de paille et les décongèle.

Ils décident alors de quitter les lieux pour une autre destination et s’embarquent dans un sous-marin de poche qu’ils avaient emporté.

Les voyageurs quittent le soleil en basculant de son bord et à l'aide d'un parachute pour freiner sa chute, ils plongent rapidement dans les profondeurs de l'océan. Au travers d'une vitre, au milieu d’une généreuse flore sous-marine, les explorateurs apercevront rapidement une pieuvre. Mais le feu prend dans la salle des machines et le submersible explose. Réfugiés dans son nez, ils sont propulsés sur une côte où vivent quelques pécheurs. Fin de l’expédition et fête au village...

Le petit mot de Francis SCHALL

Ce film est une adaptation libre de la pièce de théâtre1 de Jules Verne et Adolphe d'Ennery (elle date de 1882), pièce dans laquelle l’auteur s’auto-parodie quelque peu et fait référence à ses romans "Voyages et aventures du capitaine Hatteras", "Voyage au centre de la terre", "De la terre à la lune", "Vingt mille lieues sous les mers", "L'école des Robinsons", "Maître Zacharius", et "Une Fantaisie du Docteur Ox".

À ses débuts, entre 1879 et 1882, Jules Verne s'est essayé au théâtre. Pour cette pièce-ci, il travaille avec Adolphe d'Ennery (1811-1899), célèbre dramaturge qui nourrit pendant quarante ans les scènes du "boulevard du crime".

Quittons le Soleil à bord d'un submersible ! - Le voyage à travers l'impossible
Quittons le Soleil à bord d'un submersible !

Dans la pièce, le héros, Georges (le fils du capitaine Hatteras, mais qui ignore qui est son père !), ambitionne de faire des voyages extraordinaires, du centre de la Terre aux planètes. Au tréfonds de notre globe, il découvrira un peuple humanoïde d'intra-terrestres. Embarqué ensuite à bord du Nautilus, il découvrira les vestiges de l'Atlantide. Plus tard, il s’envolera jusqu'à la planète Altor, où les villes resplendissent d'or et d'argent.

Qu’est-ce que cela pouvait donner sur scène ? Je serai curieux de le savoir !! Car oui, il existe des pièces de théâtre de science-fiction ; et la liste n’en est pas négligeable, jusqu'à aujourd'hui ! Peut-être reviendrons nous sur le sujet... à la demande ! [Voir forum ?]

Méliès, comme à son habite, transpose ses sources très librement ! Exit Georges, mais apparaît le professeur Mabouloff qui reviendra dans A LA CONQUÊTE DU PÔLE (1912). Concernant les voyages des explorateurs de l’impossible, Méliès, l’inventeur de la fiction (et des effets spéciaux !) au cinéma n’en conserve que deux. Spatial d’abord : à cette occasion le spectateur retrouve la « Société Incohérente de Géographie », découverte deux ans plus tôt dans LE VOYAGE DANS LA LUNE ; avec elle Mabouloff prépare un voyage à destination du Soleil. On dérive vers la fantaisie : l'obus, moyen de transport précédemment destiné à la Lune, devient ici un train2. Cela n’empêche pas la réussite du périple ! Et changement de véhicule : les voyageurs quittent le soleil qui commence à les chauffer un tantinet à bord d'un submersible... Par parachute interposé (dans LE VOYAGE DANS LA LUNE, l’obus quittait simplement notre satellite... en tombant vers la Terre, où il s’abîmait en mer...). Le submersible atteindra la surface de l’océan dans les profondeurs duquel il s’enfoncera... On découvre là un décor que Méliès réutilisera en 1907 pour son adaptation de "20 000 lieues sous les mers".

Dans le « mariage » Verne-Méliès, on constatera que le second fait l’impasse sur ce qui est une des spécificités du premier : les aspects scientifiques de son époque ; et pourtant, en une vingtaine d’années, que de découvertes, de progrès, certains que Verne n’avait pas soupçonnés ! Pour le magicien de Montreuil, c’est la part du rêve qui importe le plus, et pour cela il va s’acharner à inventer les moyens techniques les plus farfelus, mais parfaitement efficaces (rappelons que Méliès est aussi le créateur du premier studio de cinéma...). Sa prédilection pour les plans larges (mais il est vrai qu’on ignore encore à cette époque d’émergence du 7ème Art la notion d’échelle des plans) s’explique en partie par un désir de tout montrer, de jouer sur la simultanéité des évènements, même anecdotiques.

Merveilles de l'océan - Le voyage à travers l'impossible
Merveilles de l'océan

Côté interprétation, comme à l’accoutumé, c’est un festival de gesticulations, de mouvements en tous sens des interprètes : si le but est de surprendre le public, il faut avant tout l’amuser. On remarquera Méliès lui-même dans le rôle de Mabouloff.

La durée du film -vingt minutes- est exceptionnelle pour l’époque. Elle offrait au réalisateur un espace conséquent pour étoffer son scénario. Le film était tourné évidemment en noir et blanc, mais on trouve néanmoins de très belles versions colorisées au pochoir (images par images !).

De la magie pure : il faut retrouver son âme d’enfant, se laisser emporter et rêver loin du réel pendant les vingt minutes de ce voyage créatif et farfelu à souhait...

Francis Schall

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[1] La pièce –qu’on croyait perdue et qui a été retrouvée très tardivement- a d’abord été publiée chez Jean-Jacques Pauvert, en 1981. On peu encore la trouver dans sa deuxième parution, aux Éditions l’Atalante.
[2] L'idée du train se déplaçant dans l'espace vient aussi de chez Jules Verne qui pose cette éventualité dans la bouche d’un de ses personnages (Michel Ardan) dans "De la Terre à la Lune". C’est un transport (très poétique) qu’on retrouve souvent en littérature de science-fiction (voir entre autres « La compagnie des glaces », la saga de G.-J. Arnaud), et dans le cinéma du genre, par exemple dans Galaxy Express 999, ou Galaxy Railways. Il y aurait tout un chapitre à écrire sur ce sous-thème de la SF...