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Southland Tales

(Southland Tales)

 L'histoire

Le 4 juillet 2005, une attaque nucléaire terroriste sur le Texas a précipité l'Amérique et la planète dans la 3ème Guerre Mondiale. La conscription obligatoire est décrétée. Bien que présent sur le sol de la plupart des pays producteurs, le pétrole n’arrive plus aux USA. Pour faire face à cette pénurie de carburant, le gouvernement accepte l’invention d’un scientifique allemand, le Baron von Westphalen, une nouvelle source d’énergie basée sur le mouvement des marées.

Devant les nombreux troubles internes au pays, le gouvernement américain laisse la compagnie US-IDent instaurer une surveillance étroite du cyberespace : l’état totalitaire n’est pas loin... Mais certains découvrent que la nouvelle technologie altère dangereusement le mouvement de rotation de la planète, provoquant une faille dans le continuum espace-temps. Cette situation a pour effet de perturber profondément les comportements humains. Parmi les existences bouleversées, celles de l'acteur Boxer Santaros, de l'ex-star du porno Krysta Now et des frères jumeaux Roland et Ronald Taverner, dont les destins entremêlés vont se confondre avec celui de l'Humanité...

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Le petit mot de Francis SCHALL

En 2001, Richard Kelly avait mis en scène et écrit le scénario d'un premier long métrage très remarqué : DONNIE DARKO, devenu assez rapidement film culte. Certains des thèmes de SOUTHLAND TALES sont déjà là. Quoiqu’on pense de ce film, il est d’évidence que Richard Kelly est un des réalisateurs de demain, original, débordant d’imagination, ayant déjà posé les bases d’un univers qui lui est propre et, ce qui ne gâche rien, engagé.

SOUTHLAND TALES a été présenté en Sélection Officielle en Compétition au Festival de Cannes 2006 où il a été projeté en avant-première le 21 mai. Il est sorti sur les écrans américains et canadiens à la fin de 2007 dans une version remontée (la version projetée à Cannes durait 2h41, la version finale dure 2h24) sans doute à cause des critiques plus que mitigées d’alors... Non présenté sur les écrans français, le film est uniquement sortit en DVD et Blu-ray le 25 mars 2009 chez Wild Side Vidéo.

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Trois cartons le découpent : "Part IV – La tentation guette", "Part V – L’évangile de la mémoire" et "Part VI – Vague de mutilation". Pour mieux comprendre ce découpage, il faut savoir que le long métrage vient en suite d’un roman graphique écrit par Richard Kelly et illustré par Brett Weldele lui-même paru en trois parties nommées : "Part I – Two roads diverge", "Part II – Fingerprints" et "Part III – The macanichals".

S’il faut vraiment trouver des références, et si on tient à évoquer (comme beaucoup de critiques l’ont fait) Philip K. Dick – ce serait alors celui du "Maître du haut Château", des "Clans de la lune Alphane" ou de "L’œil dans le ciel" plutôt que le Dick de "Minority Report", de "Souvenirs à vendre" (TOTAL RECALL - 1990) ou de "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques" (BLADE RUNNER - 1982). Mais il faut plutôt chercher du côté de John Brunner et de son "Jack Baron et l’éternité" ou d’un David Lynch revisitant BRAZIL (1995)... Il est certain que le film est d’un contexte totalement américain, avec cascades de références américaines. GORGE PROFONDE (1972), par exemple, étant une des plus simples. Mais aussi la référence aux éléphants, avec l’éléphant montant un autre éléphant sur l’écran central au début du film... ; pour mieux apprécier l’effet d’annonce, il faut savoir que ce pachyderme est le symbole des Républicains depuis 1874. Les exemples sont multiples.

A la manière des grands films noirs américains, tout ceci nous est narré par une voix off sur des images en kaléidoscope surgies d’écrans multiples. L’histoire est complexe, mais surtout, elle parvient (à nous spectateurs et aux personnages du films) de façon surabondante et du coup très confuse...

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SOUTHLAND TALES est un cauchemar qui se greffe sur l’Amérique de Bush pour projeter sur le futur un scénario qui se place plus du côté de l’uchronie que de la dystopie. Car c’est bien un cauchemar (orwellien) qui se met en place, avec son armée omniprésente et à tout usage. Du côté de la police (désinhibée et sacro-sainte), le patriot act et l’état d'urgence salvateur de l’ère Bush sont la règle poussé à l’extrême. Et Kelly nous le montre : c’est le terrorisme d’état qui entraîne le terrorisme extérieur ou intérieur, rarement l’inverse. SOUTHLAND TALES est un film sur un monde renfermé sur lui-même, schizophrène et paranoïaque, un monde qui ressemble terriblement au nôtre, à l’image de notre présent, surabondant en informations, en contradictions, en aberrations.

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A la question "Quel était le challenge sur ce film ?", lors d’une interview cannoise, Richard Kelly répond : "C’est un film intuitif. Tant de films et d’histoires, aujourd'hui, sont si prévisibles. [...] J’aime les films qui exigent du public qu’il s’implique et fasse l’effort d’essayer de comprendre ce qu’il voit. Des films qui offrent des défis. Plutôt que des films qui ne demandent aucun effort. Je veux faire des films qui exigent du public qu’il s’implique dans le processus. [...] C’est un film qu’il faut voir plusieurs fois pour bien saisir toute la complexité du puzzle." Allez, on craque pas et on se le regarde une nouvelle fois !