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Howard, une nouvelle race de héros

(Howard the Duck)

 L'histoire

Howard est un canard qui vit en paix sur sa planète. Jusqu'au soir où une mystérieuse tornade l'arrache à son fauteuil. Le palmipède se retrouve projeté dans l'espace intersidéral et finit par atterrir dans l'arrière-salle d'un bar punk, à Cleveland, dans l'Ohio. Une jeune chanteuse de rock, Beverly Switzler, s'y produit. A la fin de son numéro et alors qu'elle s'apprête à regagner ses pénates, deux loubards l'agressent. Howard vole à son secours. Reconnaissante, Beverly accueille ce courageux canard sous son toit. Sa nouvelle vie ne déplaît pas à l'animal, que son sens de la répartie cinglante protège des sarcasmes des Terriens. L'un d'entre eux pourtant ne songe pas à se moquer de lui : Phil, un ami de Beverly qui travaille au museum d'histoire naturelle, s'intéresse même de très près à son cas...

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Le petit mot du Doc

En grand fan de bandes dessinées, George Lucas a tout de suite adoré les aventures de "Howard, the Duck", un personnage de Marvel créé en 1973 par Steve Gerber et Val Mayerik. Sous un léger vernis de science-fiction ce comic book cache en réalité une véritable satire sociale.

Alors qu'il travaille avec ses amis Willard Huyck et Gloria Katz sur RADIOLAND MURDERS (film qui ne verra le jour que bien des années plus tard, en 1994), le père de LA GUERRE DES ÉTOILES leur propose d'adapter les histoires du canard extra-terrestre à l'écran. Les co-scénaristes d'AMERICAN GRAFITTI ont le sens de l'humour et la BD n'en manque pas ! Le potentiel est là. Quelques années plus tard et les droits acquis, Universal demande à Lucas de produire le film, histoire de garantir le travail. D'autant que le studio n'a jamais partagé aucun des succès du cinéaste. Serait-ce son tour ? Ce dernier accepte uniquement par amitié pour Huyck et Katz qui envisagent un personnage animé en incrustation à la manière de QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ?

Devant l'insistance d'Universal pour que le film sorte à l'été 86 (le film sortira le 1er aout 1986 au Etats-Unis), Lucas propose qu'Howard soit joué par un acteur en costume et met à disposition de la production son studio d'effets spéciaux Industrial Light & Magic (ILM). Sept petits acteurs seront nécessaires pour donner vie au canard. Ed Gale, le comédien qui entrera plus tard dans le costume de Chucky pour JEU D'ENFANT (1988) assumera la plupart du jeu.

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En tant que producteur exécutif, Lucas veille à ce que les coûts n'explosent pas. Le film dépasse cependant le budget de 20% et coûte au total quelques 37 millions de dollars… pour n'en rapporter que moitié moins sur le territoire américain. C'est un flop monumental et la critique ne l'épargne pas, le considérant même comme l'un des pire métrages jamais produit. Il récoltera à ce titre quelques belles récompenses ! George Lucas persiste à dire qu'HOWARD n'aurait pas souffert d'autant de maux si son nom n'était pas apparu au générique. On reproche au film un personnage fade qui ne renvoie aucune émotion compte tenu du costume - et plus particulièrement du masque porté par l'acteur. Lucas, tout comme Huyck et Katz regarderont plus tard avec amusement le succès des TORTUES NINJA (1990) qui trahit immanquablement des acteurs en costumes de tortue. Lucas dira "Je suppose que nous n'avons pas choisi le bon pondeur".

S'il est vrai qu'Howard manque singulièrement de faciès, le film en général reste un divertissement correct servi par des acteurs dignes de ce nom. La belle Lea Thompson interprète Beverly Switzler. L'année passée, elle a donné la réplique à Michael J. Fox dans RETOUR VERS LE FUTUR (qui lui a ouvert les portes) et apparaît la même année dans CAP SUR LES ÉTOILES (1986) d'Harry Winer. Elle interprète elle-même les morceaux du film. On peut dire qu'en plus d'être actrice c'est une véritable chanteuse. Quant à Jeffrey Jones, il est excellent dans le rôle du Dr. Walter Jenning, un scientifique qui peu à peu se voit possédé par une entité extra-terrestre. C'est sa prestation dans AMADEUS (1984) de Milos Forman qui lui vaudra d'obtenir le rôle. Pour eux, fort heureusement, le film ne nuira pas à leur carrière respective.

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Bien qu'il fût un temps présenté comme un film familial, HOWARD n'est cependant pas destiné aux plus jeunes enfants. Certaines scènes (un canard… que dis-je ? une canne aux seins nus qui prend son bain ; un petit préservatif trouvé dans le portefeuille d'Howard…), et un langage cru le réservent aux adultes. Il n'en demeure pas moins un film où l'humour est omniprésent, où les jeux de mot fusent et où l'emploi de termes palmipèdes foisonne : "Je vais me faire canarder", "Je vais vous plumer tous les deux, foi de canard", "Lâche moi les palmes", "Je suis Maître de Quak-Fu", "Chef, on a repéré le canard et le connard", "Garde tes compliments sale bec", etc.

On appréciera aussi la multitude de clins d'œil pour décrire le monde d'Howard, finalement très proche du notre : les revues "Rolling Egg" et "Playduck" (avec sa playmate en dépliant central), les films BREEDERS OF THE LOST STORK (avec le héros Indiana Drake – canard en anglais) et SPLASHDANCE. On croisera même le monolithe de 2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE, c'est dire !

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Techniquement citons simplement une musique de John Barry, compositeur de la plupart des films de James Bond, KING KONG (1976), STARCRASH, LE CHOC DES ÉTOILES (1978) ou encore LE TROU NOIR (1979), des effets spéciaux sonores en partie imputables à Ben Burtt et un monstre final à mettre au compte de Phil Tippett, ces deux derniers d'éminents spécialistes d'ILM. Une idée me brûle les lèvres : HOWARD aurait-il pu devenir le E.T. de Lucas ?

18 mars 2012