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La guerre des insectes

(La guerre des insectes)

 L'histoire

Un cargo, l’«Anthinéa», vogue sur l’océan Indien à destination du Whadi, un pays souffrant d’une terrible famine, conséquence de la guerre. A bord, le temps passe, monotone malgré le travail d’entretient sans histoire. Pourtant, dans les cales, des insectes affamés se mettent à proliférer sur sa cargaison. Dès que le commandant du bateau découvre que les sacs de céréales qu’il transporte sont infestés, il alerte le B.O.A. (Bureau Omninational de l'Alimentation), son commanditaire.

A Genève, Jean-Marc Haller, le sous-directeur du B.O.A., créé quatre ans plus tôt sous l’égide de l’O.N.U. pour lutter contre la malnutrition dans le monde, déduit rapidement que ce chargement dangereux menace de contaminer tout le stock céréalier du pays destinataire. Le péril est d’autant plus grand que rapidement il apprend que d'autres navires transportant des denrées alimentaires pour le Whali, sur d'autres océans, sont eux aussi peut-être touchés. Sans pouvoir en référer à quiconque --le docteur Schiller, son supérieur, étant retenu au Brésil-- il doit prendre seul une grave décision : demander la mise en quarantaine du cargo, et par conséquent, dans le pays destinataire, causer sans doute la mort de milliers de personnes. A ses côté, Helen Curtis, une jeune chimiste américaine va lui apporter tout son soutient… et plus encore. Des recherches scientifiques ayant été immédiatement demandées, l’inquiétude s’accroît soudain lorsqu’on découvre qu’aucun insecticide existant n’est assez efficace pour combattre les bestioles insatiables qui se développent à une vitesse fulgurante…

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Sur l’Anthinéa la situation est devenue intolérable. Les insectes ayant envahis la presque totalité du navire, l’équipage qui s’est réfugié dans les quelques parties encore épargnées du bateau, est tenté par une mutinerie. Celle-ci va exploser quand accidentellement un des membres de l’équipage provoque un début d’incendie ; le navire est alors abandonné…

Ces évènements, soigneusement dissimulés, laissent néanmoins filtrer des rumeurs qui attirent l’attention de Michel Servin, un journaliste d’un des grands journaux Suisse. Celui-ci commence alors à s’intéresser de près à l’affaire mais, malgré l’amitié ancienne qui le lie à Jean-Marc Haller, il se heurte à un mur de silence. Ceci ne fait qu’attiser sa curiosité. Devant le nouveau danger que représentent ses investigations, Haller, avec l’accord d’un des principaux scientifiques présent, fini par lui révéler la catastrophe en marche ; à la condition de son silence, il pourra suivre les choses en leur compagnie.

Dans les laboratoires du B.O.A., l’insecte est enfin identifié : c’est une variété, peut-être mutante, du chryosoaspides tibetis, une espèce originaire des Hauts plateaux du Tibet. Haller ordonne aux meilleurs spécialistes des insecticides mondiaux d’abandonner leurs rivalités et de rechercher en commun un nouveau produit pour éradiquer ces milliards de dévoreurs qui menacent maintenant la totalité des réserves de céréales de la planète…

Mais, alors que le professeur Anderson s’embarque sur le vol Genève-New York, où il doit peaufiner ses propres travaux, un trafiquant en cavale, bien connu des services de police et des douanes, Mike Moheno, apprend ce que transporte le chercheur : deux boites contenant des échantillons d’insectes vivants. Opportuniste, il dérobe le sac du professeur et s’enfui à l’arrivée aux USA. Dès lors, avec la complicité d’une amie française, Anaïs, il commence à exercer un chantage abominable sur les autorités américaines en les menaçant de libérer dans la nature les insectes qu’il a dérobé. Informé, Haller, avec l’accord des savants, décide de payer. Mais, une fois l’argent livrée au maître chanteur, le professeur Anderson se rend compte que Moheno n’a rendu qu’un des deux récipients …

En Europe, la situation a atteint un point de rupture : des chryosoaspides tibetis, rapportés involontairement d’Extrême-Orient par un marin marseillais, ont proliférés à une vitesse angoissante et il est décidé de brûler certains champs ravagés du midi de la France.

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A Genève, au sein du B.O.A., l’équipe du professeur Guilewsky approche de la mise au point d’un insecticide miracle, enfin apte à enrayer la progression du charançon asiatique. Pourtant un nouvel évènement va contrarier l’approche de la solution salvatrice : un autre savant, le professeur Thomas, qui de son côté oeuvrait déjà à l’après catastrophe, avec un procédé d’aliments à base synthétique issu du pétrole, décide de profiter de la situation ; il se débarrasse de Guilewsky et s’empare de sa trouvaille pour la détruire…

Le petit mot de Francis SCHALL

Téléfilm franco-suisse en quatre parties réalisé par Peter Kassovitz réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né en 1938 à Budapest (Hongrie), père du réalisateur, scénariste, acteur et producteur Mathieu Kassovitz. Metteur en scène à partir de 1959, il touche à tous les genres, au cinéma comme à la télévision : animation, films industriels, publicitaires, documentaires, reportages, films d'art. En fiction, et dans notre domaine de prédilection, on lui doit DES VOIX DANS LA NUIT - LES MAINS D'ORLAC (téléfilm 1991) adapté du célèbre roman de Maurice Renard ’’Les mains d’Orlac’’ (1921), porté déjà quatre fois à l'écran (Robert Wiene, Allemagne 1924 ; Karl Freund, USA 1934 ; Edmond T. Gréville, France 1960 et, sous le titre HANDS OF A STRANGER par Newt Arnold, USA 1962).

Peter Kassovitz et son scénariste Giulio Questi adaptent fidèlement le roman éponyme de Jean Courtois-Brieux (1977) ; scénario sur lequel plane la menace des grandes famines (celle de 1967 à 1970 au Biafra, plus d'un million de morts, est alors encore présente dans tous les esprits) et la malnutrition... Derrière le fictif Bureau Omninational de l'Alimentation du téléfilm, nous reconnaissons la F.A.O. (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) et le Programme Alimentaire Mondial. Les deux premiers épisodes rendent fort bien le travail complexe de ces institutions et sur ce point captent parfaitement l’attention du téléspectateur. Certaines séquences, en particulier sur le cargo envahi de bestioles agressives, sont vraiment impressionnantes. L’aspect science-fiction (pourtant aujourd’hui plus tant que cela !) tient principalement dans l’apparition d’un insecte (ici tibétain), descendu par rivière et fleuve jusque dans les cargaisons destinées à un pays touché par la guerre et la famine. Les minuscules envahisseurs s’avèreront vite résistants aux insecticides connus, et le sujet aborde ici la possibilité de mutation, et ce que ceci implique de recherches scientifiques ; nous sommes bel et bien en SF. Le grave problème de déplacement d’espèces (insectes, champignons, bactéries), donc d’introduction d’étrangers dans des écosystèmes qui ne sont pas les leurs, s’avère souvent terriblement destructeur pour les espèces endémiques, et par contre coup pour l’humain. Toute cette partie du téléfilm est efficace, très prenante, en grande partie par son traitement extrêmement réaliste et les tournages en extérieurs.

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Malheureusement cette GUERRE DES INSECTES bascule dès la fin de l’épisode deux dans le genre policier, avec un dealer voleur d’échantillons secrets et délétères, et chantage à l’échelle planétaire, en commençant sur le territoire américain (mais la France, par la ville de Marseille interposée, puis le Sud-Est, sera aussi touchée par l’invasion destructrice) ; le téléfilm s’éloigne dès lors et presque jusqu’à la fin de la science-fiction.

Concernant l’interprétation nous trouvons plusieurs noms réputés à l’époque : Mathieu Carrière (en SF et fantastique : MALPERTUIS - Harry Kümel 1971 ; L'HOMME AU CERVEAU GREFFÉ - Jacques Doniol-Valcroze 1971 ; TERMINUS - Pierre-William Glenn 1987), Anémone (LE PERE NOEL EST UNE ORDURE - Jean-Marie Poiré 1982 ; LE PETIT NICOLAS - Laurent Tirard 2009), ou en voie vers le succès : Bernard-Pierre Donnadieu (LE RETOUR DE MARTIN GUERRE - Daniel Vigne 1982 ; RUE BARBARE - Gilles Béhat 1984 ; MAX MON AMOUR - Nagisa Oshima 1986), Victoria Tennant (en SF et fantastique : INSEMINOÏD - Norman J. Warren 1981 ; LA SERVANTE ÉCARLATE - Volker Schlöndorff 1990 – LA LEGENDE DE LA MOMIE - Jeffrey Obrow 1997). Dans le rôle du vraiment méchant (hors les insectes !), Miguel Fernandes (en SF et fantastique : RAGE - David Cronenberg 1977 ; FUTURE COP - Charles Band 1985).

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Allez ! Soyons magnanime : malgré le détournement de genre ci-dessus remarqué, le téléfilm demeure, pour sa première moitié (tout de même deux heures !) un bel exemple de sujet d’anticipation, dont la télévision française fut un temps friande… ; jadis ! Un thème d’actualité bien plus brûlant aujourd’hui qu’il y a trente ans, à l’époque de la réalisation de LA GUERRE DES INSECTES.

A découvrir ou revoir, pour les plus anciens des amateurs.

Francis Schall

28 décembre 2011