Vous n'avez encore accédé à aucune fiche…

Destination Lune

(Destination Moon)

 L'histoire

 Histoire complète

Sous le commandement du Général Thayer, le gouvernement Américain travaille sur un projet d'expédition lunaire à bord d'une fusée à propulsion nucléaire. Mais pour être mené à bien, ce difficile projet nécessité l'aide totale et complète de l'industrie privée. Thayer rencontre donc Jim Barnes de "Barnes Aircraft" et le charge de convaincre les autres grosses têtes du patronat que le projet, convoité par d'autres nations qui se sont lancées dans la course, nécessite leur complète adhésion. L'avenir du pays dépend de la réussite du projet. Celui qui atteindra le premier la Lune, contrôlera la Terre...

Une sortie extra-véhiculaire pleine de dangers - Destination Lune (Destination Moon)
Une sortie extra-véhiculaire pleine de dangers

Les études, les tests et les essais se succèdent à un rythme soutenu pour construire dans les plus brefs délais une fusée et l'équipement annexe qui permettra à quatre astronautes de fouler le sol lunaire. Mais les protestations grandissantes aux sujet d'un éventuel risque de contamination radioactive oblige les astronautes de l'expédition, le Docteur Charles Cargraves, Jim Barnes, le Général Thayer et Joe Sweeney - remplaçant de dernière minute de Brown tombé malade -, à avancer le jour du départ.

'Luna' se pose sans encombres sur la surface de la Lune - Destination Lune (Destination Moon)
'Luna' se pose sans encombres sur la
surface de la Lune

La fusée, baptisée "Luna", décolle sans encombre. Les astronautes peuvent jouir du spectacle qui leur est offert et faire l'expérience du vol en état d'apesanteur. Un petit problème technique nécessite une sortie extra-véhiculaire afin de réparer le radar. Charles, Jim et Joe sortent donc de l'habitacle de la fusée chaussés de bottes magnétiques qui leur permettent de rester au contact de la fusée. Mais une faute d'inattention propulse le Docteur Charles Cargraves dans l'espace. Il faudra l'ingéniosité de Jim pour permettre à ce dernier de récupérer son camarade grâce à une bouteille d'oxygène utilisée comme un petit propulseur.

"Luna" arrive maintenant à proximité de notre satellite. La manœuvre de retournement se déroule comme prévue et la fusée se pose sur le sol lunaire. Rapidement nos aventuriers sortent faire quelques pas équipés de leurs combinaisons spatiales. Prenant contact radio avec la Terre, ils tentent de retranscrire avec leurs mots la beauté du paysage qu'ils ont sous les yeux.

Mais les calculs démontrent que lors de l'alunissage la fusée a consommée beaucoup plus de carburant que prévu. Il est impossible pour l'équipage de rentrer sur Terre...

La décision est alors prise de délester au maximum la fusée des choses inutiles, puis des choses utiles. Rien y fait. "Luna" est toujours trop lourde pour permettre aux astronautes de regagner la Terre en toute sécurité.

Pour sauver ses coéquipiers, Joe propose alors de rester sur la lune. Jim refuse l'idée. Les astronautes vont finalement devoir se passer de radio et de toutes les combinaisons. Ejecter la dernière hors de la fusée sera d'ailleurs un exploit. Le poids maximum pour un retour en toute sécurité est maintenant atteint, la mission est sauvée et "Luna" repart... Destination Terre !

Charles Cargraves et Jim Barnes contemplent le paysage - Destination Lune (Destination Moon)
Charles Cargraves et Jim Barnes contemplent le paysage

Le petit mot du Doc

Comparé à d'autres films cultes des années cinquante qui ont davantage marqué tel que LA GUERRE DES MONDES (1953) ou encore LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS (1960), DESTINATION LUNE est injustement resté dans l'ombre. C'est pourtant l'une des œuvres majeure du cinéma de science-fiction.

19 ans avant Neil Armstrong et Buzz Aldrin, les américains débarquent sur la Lune… du moins au cinéma. Vous me direz, ce n'est pas une première : Fritz Lang l'avait déjà fait deux décennies plus tôt avec LA FEMME SUR LA LUNE (1929) et bien avant lui encore un magicien français du nom de Méliès avait traité le sujet dans LE VOYAGE DANS LA LUNE (1902). Disons simplement que le film d'Irving Pichel est le premier à narrer une histoire scientifiquement cohérente de bout en bout donnant même au film un air de docu-fiction. Vous ne vivrez donc pas ici de rencontre avec les Sélénites ni autre tracasserie spatio-temporelle. Epuré des thèmes conventionnels de la science-fiction (hormis l'éternelle pluie de météorites), le film s'attarde alors sur l'aspect technique de la mission : procédures de décollage et d'alunissage (par retournement de la fusée, méthode que l'on imaginait alors dans les années 50, mais la solution développée par la Nasa sera toute autre), vol en apesanteur, exploration lunaire, le tout saupoudré de commentaires pertinents sur les lois de la physique spatiale. Preuve que le film a pour ambition d'être didactique, pédagogique et fondé sur la réalité scientifique, la technique du voyage aller et retour vers la Lune est illustrée par Woody Wood Pecker lui-même. Prétexte explicatif à destination des mécènes de l'opération, ce célèbre petit personnage de dessin animé enseigne en réalité les bases de l'astronautique aux spectateurs dans un petit court métrage récréatif. Cette séquence animée de vulgarisation scientifique sera conçue par le cartooniste américain Walter Lantz dont c'est alors le personnage principal.

Une formation ludique - Destination Lune (Destination Moon)
Une formation ludique

Mais le respect du "scientifiquement réaliste" n'empêchera pas nos astronautes (et par la même occasion les spectateurs) de s'émerveiller devant les paysages féériques que livrent la lune. En posant le pied sur le sol lunaire, Cargraves livrera ses premières impressions : "Un sentiment de désolation". Buzz Aldrin, le deuxième homme à marcher sur la Lune avec Apollo XI, confirmera ce sentiment et parlera lui d'"une magnifique désolation".

A une époque où la couleur ne s'impose pas encore systématiquement sur la pellicule, cette féérie se trouve magnifiée par l'emploi du procédé Technicolor. Quel spectacle ! Malgré ses tons de gris, on découvre en même temps que les nouveaux arrivants un paysage lunaire coloré (créé par l'illustrateur Chesley Bonestell) dans une longue séquence panoramique. De couleurs on remarquera aussi celles des combinaisons de nos astronautes, chacun possédant la sienne : bleue, orange, cyan et jaune. Ces mêmes combinaisons spatiales, devenue de fait un classique de l'équipement de l'explorateur d'outre-Terre, seront d'ailleurs réutilisées dans l'épisode "Le chemin de la Lune" de la série AU COEUR DU TEMPS (1966).

On doit cette excursion lunaire au cinéaste George Pal qui produira plus tard LE CHOC DES MONDES (1951), LA GUERRE DES MONDES, ou encore LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, bref les plus grands classiques de la science-fiction, excusez du peu. Par son talent, l'homme d'origine hongroise, précurseur du film d'animation et maître des effets spéciaux, gagnera rapidement ses galons à Hollywood. Désireux de donner cet aspect documentaire à son film, Pal s'entourera des plus éminents spécialistes de l'espace. Il en confiera le script à James O'Hanlon et à Rip Van Ronkel, auquel contribuera le célèbre écrivain de science-fiction Robert A. Heinlein. Fort de ses romans "Rocket Ship Galileo" publié en 1947 narrant l'histoire de trois adolescents qui participent à l'aventure d'un premier vol vers la lune et "The Man Who Sold the Moon" écrit en 1949 qui traite, lui, d'alunissage, l'auteur y participera sous l'étiquette de consultant. Le scénario qui découlera de ce travail sera le point de départ d'un nouveau roman intitulé… "Destination Moon".

L'équipage de Luna - Destination Lune (Destination Moon)
L'équipage de Luna

1950 c'est aussi le début de la guerre froide (1947-1991). Et bien évidemment, cela se ressent. Le film débute d'ailleurs par le sabotage d'une fusée. Même si l'ennemi n'est pas clairement identifié, son origine ne fait aucun doute. "Une fusée est une nécessité absolue. Si une autre puissance en lance une avant nous, on ne sera plus les Etats-Unis". Cette phrase dite par Barnes témoigne de la compétition acharnée que se livraient les deux plus grandes puissances mondiales. Mais au-delà de la compétition, la peur d'une attaque en provenance de l'espace était de loin la plus redoutée. Comme le dit le Général Thayer dans le film : "Le premier pays qui utilisera la lune pour lancer des missiles contrôlera la Terre". Et une fois posé le pied sur notre petit satellite, Barnes annonce : "Devant Dieu et au nom des Etats-Unis d'Amérique, je m'empare de cette planète pour le bien de toute l'humanité". Fort heureusement, la première phrase prononcée par Armstrong en foulant le sol lunaire deviendra "C'est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l'humanité", des paroles moins revendicatrices, une main tendue pour la paix des peuples.

Autre thème abordé par le film, l'implication totale de l'industrie privée dans un programme spatial. Véritable challenge patriotique, cette magnifique fusée à propulsion atomique (sans faire véritablement l'apologie du nucléaire, le film vante les mérites de cette nouvelle énergie. C'est sans doute avec GODZILLA que la crainte du nucléaire s'éveillera vraiment quatre ans plus tard) est en effet construite par un groupe de riches industriels qui, à l'instar de l'effort manufacturier produit lors de la 2ème guerre mondiale, met les bouchées double pour atteindre son objectif : lancer les premier une fusée vers la lune. A savoir que l'industrie privée jouera quelques années plus tard un rôle majeur dans la course aux étoiles avec le projet Apollo. Simple prémonition ?

Premiers pas - Destination Lune (Destination Moon)
Premiers pas

DESTINATION LUNE remporta l'Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1951 ainsi qu'une nomination pour les décors.