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Le dernier survivant

(The Quiet Earth)

 L'histoire

Un beau matin ensoleillé, un scientifique de la Delenko Corporation, Zac Hobson, se réveille est sort pour se rendre à son travail. Chemin faisant, il s’étonne des rues vides… A progresser dans la grande ville néo-zélandaise déserte, il constate que les habitants semblent s’être tous volatilisés. Arrivé dans le laboratoire où il travaillait avec d’autres collègues sur le projet ultra secret nommé « Flashlight », il doit accepter l’idée (aucun signe, ni à la radio, ni aux radars, et les corps des autres chercheurs disloqués…) qu’il est sans doute l’unique survivant de l’humanité et que leur expérience, dirigée mondialement par les Etats-Unis, et dont la Nouvelle-Zélande était un relais, a tourné à la catastrophe.

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Après une période de révolte, puis d’euphorie, il glisse vers la folie, avec un long moment de mégalomanie, pendant laquelle il se prend pour le maître du monde. Puis, s’étant repris, il commence à s’équiper pour explorer méthodiquement la région. En même temps, il est témoin et victime d’étranges distorsions des lieux qui l’entourent.

Un jour enfin, il rencontre une jeune femme, survivante elle aussi. Ils s’attachent l’un à l’autre et cherchent ensemble d’autres éventuels miraculés. Mais c’est un troisième survivant, Api, un Maori, qui les surprend. Passé un fort moment d’antagonisme, ils échangent leurs impressions au moment de la catastrophe et découvrent qu’ils étaient en train de mourir : Zac se suicidait, Joanne s'électrocutait accidentellement et Api, lors d’une bagarre, recevait un coup de couteau mortel... Hors ceci, qui les intrigue fortement, la conclusion de Zac fini par s’imposer : la planète a glissé dans un continuum de l’espace-temps, où nul être n’existe, à part eux.

Pour Zac, la seule solution afin de ramener l’ordre antérieur, est de faire sauter un des gigantesques émetteurs constituant le dôme spatial conçu lors de l’expérience. D’autant, il en est convaincu, au vu des déformations de plus en plus fréquentes de leur environnement, que la Terre risque de se désagréger totalement et très rapidement.

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Le petit mot de Francis SCHALL

Voilà un des rares films de science-fiction néo-zélandais. Il se rattache au genre apparu avec la Guerre Froide : danger de la science et apocalypse confondu. On pense évidemment à CINQ SURVIVANTS (1951) de Arch Oboler, LE DERNIER RIVAGE (1959) de Stanley Kramer et LE MONDE, LA CHAIR ET LE DIABLE (1959) de Ranald MacDougall. Au moment où le film est produit, l’invasion de l’Afghanistan par les troupes de l’URSS, a entraîné un durcissement dans les rapport Est/Ouest, et une nouvelle série de films montre les conséquences d’un conflit mondial, et de l’apocalypse risquant d’en découler, de manière beaucoup plus dure et spectaculaire (exemple, LE JOUR D'APRES de Nicholas Meyer - 1983).

A voir LE DERNIER SURVIVANT, c’est surtout au film de MacDougall qu’on pense, ne serait-ce que par le choix des trois personnages : une femme et deux hommes dont un Maori (un noir, interprété par Harry Belafonte dans LE MONDE, LA CHAIR ET LE DIABLE). Mais Geoff Murphy et ses trois scénaristes Bill Baer, Bruno Lawrence et Sam Pillsbury, adaptant le roman éponyme de Craig Harrison, font preuve d’originalité dans plusieurs directions. D’abord, ici, ce n’est pas l’antagonisme des deux grands blocs – USA/URSS - qui est évoqué en arrière plan, mais l’hégémonisme américain, imposant ses décisions au Commonwealth. Ensuite, LE DERNIER SURVIVANT évite le spectaculaire (champignon atomique, destructions massives, etc.) ; le quotidien s’impose, mais vide de toute présence, installant un malaise chez le spectateur, plus intense qu’une avalanche de visions catastrophiques. Toute la première moitié du film, axée sur Zac Hobson et ses réactions successives face à la solitude, est impressionnante de vérité psychologique. Cela tient aussi au talent de ce formidable acteur néo-zélandais, Bruno Lawrence (également co-auteur du scénario). La partie montrant son délire mégalomaniaque, jusqu’à cette séquence coup-de-poing de défi à Dieu dans une église, est un grand moment de cinéma et de métaphysique bousculée.

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La deuxième partie du film est plus classique… jusqu’à ce que la fin chamboule de nouveau nos certitudes ; on goûtera en particulier la toute dernière séquence, sur laquelle défile le générique, qui nous entraîne bien loin au-delà du film de fin du monde…

Hors la direction d’acteur et le soin apporté au sujet, l’utilisation des décors, le travail de la caméra, en particulier dans la composition des images, impose Goeff Murphy comme metteur en scène au ton personnel et plutôt doué. Acteur, producteur, scénariste et réalisateur néo-zélandais, Geoff Murphy est né en 1946. Depuis 1977 (avec WILD MAN, qui le fait de suite remarquer) il a réalisé dix-sept films parmi lesquels GOODBYE PORK PIE (1981) et le formidable UTU (1983) sur la révolte des Maoris en 1870 (dans lequel jouait déjà Bruno Lawrence). Il sera malheureusement contraint, sur le chemin d’Hollywood dans les années 90, de se rabattre sur des suites (YOUNG GUNS 2 – 1990 ; PIEGE A GRANDE VITESSE – 1995 ; FORTRESS 2 – REINCARCERATION – 1999), des films moins convaincants…

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LE DERNIER SURVIVANT a été tourné à Auckland, Hamilton et Warkworth, en Nouvelle-Zélande. Présenté en compétition en 1986 à Avoriaz, le film ne remporta rien (c’est alors DREAM LOVER de Alan J. Pakula qui obtint le Grand Prix et LINK de Richard Franklin le Prix spécial du Jury). Mais il gagna par contre le Prix du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Bruno Lawrence, lors du Fantafestival 1986, ainsi que le Prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photographie, meilleur montage, meilleurs décors, meilleur acteur pour Bruno Lawrence et meilleur second rôle masculin pour Pete Smith, lors des New Zealand Film and TV Awards en 1987.

LE DERNIER SURVIVANT, comme la plupart des films de SF (de genre, en général), revisite un thème classique. Mais il le fait avec beaucoup d’originalité et un ton très particulier. Il mérite véritablement d’être découvert, et ceux qui l’ont déjà vu l’apprécieront d’autant plus à des visions successives.