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L'araigneé vampire

(Earth vs. the Spider)

 L'histoire

Sur une route de campagne, de nuit, un conducteur est soudain agressé par une créature mystérieuse. Plus tard, sa fille et le petit ami de celle-ci partent à sa recherche. Non loin de la voiture abandonnée du père, ils arrivent devant une grotte dont l’accès est interdit. Là, ils tombent d’abord dans une toile d’araignée géante puis sur sa conceptrice, tapie dans l’ombre. Ils parviennent de justesse à s’échapper des lieux.

Prévenu par les deux jeunes, le shérif et un groupe d’homme, dont fait parti le professeur Kingman, parviennent à gazer le monstre au DTT. Il est ensuite décidé, afin de pouvoir l’étudier, d’entreposer l’araignée supposée morte dans une salle du lycée local. Malheureusement lorsque le groupe de rock de l’établissement scolaire commence à répéter pour le bal du lendemain, la bête reprend goût à l’existence... Et part visiter la ville où elle sème la terreur…

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Le petit mot de Francis SCHALL

"Si vous voulez vous en sortir, (...) commandez du DTT !"
Le professeur Kingman au shérif Cagle

L’ensemble des années cinquante voit une véritable avalanche de films de monstres. Des insectes aux arachnides en passant par les scorpions ou serpents de mers divers et variés ! Ceci s’inscrivaient dans le contexte de la peur de l’arme atomique (rappel : la première bombe H explose sur l'atoll de Eniwetok dans l'Océan Pacifique, le 1er novembre 1952), mais aussi de la vague anti-communiste qui submergeait alors les Etats-Unis (concernant cette période du Maccarthisme et les films avec extraterrestres on rencontrera les mêmes insidieux mensonges : les Petits Hommes Verts, est-il affirmé en substance dans ces productions, sont en fait des Rouges…) Peur de l’avenir, peur de l’Autre, et de perdre son confort consumériste : les Américains du Nord, se calfeutraient dans un ultra conservatisme protecteur, en particulier grâce à leur meilleur arme de propagande : Hollywood. Il fallait des représentations formidables en usage de catharsis : ce fut ce déchaînement de monstres cinématographiques (dit giant monster movies) tels TARANTULA ou THEM, DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE.

Bert I Gordon se lance dans le courant sur le tard (1958) avec cette L'ARAIGNEÉ VAMPIRE (notons que le titre français est encore plus mensonger que le titre US !). En 1954, le Japon à son tour –mais occupé alors par les Américains- accouchera lui aussi de sa créature monstrueuse ; celle-ci, à l’inverse de ses cousines américaines, perdurera avec sa progéniture jusqu’à aujourd’hui : c’est GODZILLA de Inoshiro Honda.

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Cantonné dans le film de genre, et particulièrement la SF, Bert I. Gordon (surnommé « monsieur BIG » par Forrest J Ackermann1 à cause de sa fascination pour les créatures géantes qui font la majorité de sa production) a été également producteur, responsable des effets spéciaux, chef opérateur et a contribué à l’écriture de plusieurs scénarii des films qu’il a tourné. Parmi ceux-ci, dans notre genre de prédilection, il a réalisé : KING DINOSAUR (1955), LE CYCLOPE (1957), LE FANTASTIQUE HOMME-COLOSSE (1957), LE RETOUR DE L'HOMME COLOSSE (1958), SOUDAIN LES MONSTRES (d’après H. G. Wells - 1975) et L'EMPIRE DES FOURMIS GÉANTES (1977) ; dans le domaine du fantastique son L'ÉPEE ENCHANTEE (1962) avait été remarqué. Clin d’œil du réalisateur à lui-même : le cinéma du père du jeune héros présente LE FANTASTIQUE HOMME-COLOSSE!

Le film, d’emblée par première place qu’occupent les deux jeunes gens et leurs camarades dans l’histoire, cible franchement le public adolescent. Il s’en suit des passages absolument inutiles, qui restent néanmoins valables pour les sociologues intéressés par les fifties. Comme souvent dans ce genre de film à budget ultra réduit, le scénario est simplissime et le spectateur attend avant tout la bête, donc les effets spéciaux. Ceux-ci sont calqués sur ceux de TARANTULA : l’utilisation de transparences avec une véritable mygale très crédible et donc efficace… Malheureusement Bert I. Gordon (ce qu’évitait le réalisateur de l’original, Jack Arnold) ajoute régulièrement des plans d’une marionnette absolument ridicule ; jusqu’au moment de la séquence finale ou le câble grossier qui la soutient est très visible ! Le décor des grottes impressionnantes (très réelles, c’est du tournage en extérieur… intérieur !) n’est vraiment, et c’est dommage, exploité que sur la fin.

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Tourné d’abord sous le titre THE SPIDER, le film est rebaptisé avant qu’il ne soit terminé, EARTH vs. THE SPIDER. Mais quand LA MOUCHE (David Cronenberg – 1985) fait un boom au box-office, l'Américain Internationale Pictures décide de refaire tout son matériel publicitaire sous l’appellation THE SPIDER et de le relancer. Pourtant, le titre principal sur le film lui-même n'a jamais été changé. Attention donc aux confusions…

En 2001 un remake, EARTH VS. THE SPIDER, est réalisé en téléfilm par Scott Ziehl avec Dan Aykroyd ; malgré une réalisation honnête et des effets spéciaux convaincants (surtout de maquillage) le résultat souffre d’un scénario minimaliste et s’avère très décevant (sortie américaine le 07 octobre 2001).

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Un film uniquement pour les fans inconditionnels ou les cafardeux du passé ; ou pour les historiens du genre. Pour les autres : à fuir ! Il est tant de merveilles à découvrir : inutile de perdre du temps dans la toile bricolée et poussiéreuse de cet arachnide !

Francis Schall

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1Forrest J Ackerman (1916-2008). Figure phare, pilier fondamental de la science-fiction américaine, il a été surnommé, lui, Mr. Science Fiction. Ecrivain, producteur de cinéma, éditeur et scénariste, il est de surcroit réputé pour être le créateur d’un formidable magazine sur les trucages des monstres au cinéma : Famous Monsters of Filmland.

12 décembre 2011