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Aelita

(Aelita)

 L'histoire

 Histoire complète

Le 4 décembre 1921, les stations radio de la Terre captent l'étrange message « Anta Adeli Uta ». A Moscou, l'ingénieur en Chef Los confie le message au bureau du chiffrage qui ne peut le décrypter. Persuadé que la vie existe sur Mars, il est convaincu que le message en provient. Cette pensée saugrenue suffit pour qu'il s'attire les railleries de ses collègues. Un peu rêveur, il imagine souvent la vie sur la planète rouge et améliore sans cesse les plans d'un vaisseau spatial qui pourrait un jour l'y conduire.

Loss, Kratsov and Gussev vont s'envoler pour Mars - Aelita
Loss, Kratsov and Gussev vont s'envoler pour Mars

Sur Mars, le roi Tuskub interdit à Gor, le gardien de l'énergie, de dévoiler à quiconque l'existence de son incroyable télescope qui permet d'observer la vie sur d'autres planètes. Mais, sous le charme d'Aelita, la reine de Mars, Gor ne peut que trahir le secret. Aelita, très attirée par le peuple de la Terre, prend un grand plaisir et un intérêt manifeste à la découverte des habitants de la planète bleue. Parmi les milliards d'humains, elle pose son dévolu sur Los, intriguée par le baiser qu'il donne à Natacha, sa femme, un geste qui n'a pas son pareil ici. L'insatiable curiosité d'Aelita lui joue un mauvais tour. Son attirance pour le terrien provoque la jalousie de Gor, secrètement épris de la souveraine, qui détruit le précieux objet de science.

Cité Martienne - Aelita
Cité Martienne

Mais sur Terre, l'idyllique relation entre Los et Natacha va se ternir avec l'arrivée de Victor et Elena Erlich, un couple de profiteurs et d'escrocs qui vit au banc de la société. Se faisant passer pour frère et soeur, le couple va s'attaquer à Natacha et à Spiridinov, l'ami et collègue de Los. L'arrivée de Victor Erlich comme nouveau locataire imposé d'office par le bureau du logement, ne plait pas à l'ingénieur déjà suspicieux. Erlich va volontairement faire en sorte que les relations du couple s'enveniment en rendant Los fou de jalousie. Celui-ci décide alors de s'éloigner un temps de Natacha pour participer au processus de reconstruction de l'Union Soviétique.

Après six mois de durs labeurs loin de Moscou, Los retrouve sa femme. Bien que Natacha ai toujours repoussé les avances d'Erlich, l'ingénieur, trompé par une paranoïa psychologiquement tendancieuse pour l'adultère, pense que les deux ont une relation et abat mortellement la pauvre femme. Usurpant l'identité de son ami Spiridinov, mystérieusement disparu, il construit le vaisseau spatial qui lui permettra de s'enfuir sur Mars et engage Gussev, un fidèle soldat du parti, pour se joindre à l'expédition. Lorsque à leur grande stupéfaction, ils découvrent que le coriace détective Kravtsof est monté clandestinement à bord de l'engin pour procéder à l'arrestation du meurtrier, la Terre est déjà bien loin.

Los engage Gussev - Aelita
Los engage Gussev

Leur arrivée sur Mars est plutôt mal vue. Ne pouvant se permettre l'arrivée de rebelles, le roi Tuskub, ordonne que soient détruits les étrangers. Pour leur sauver la vie, Aelita fait assassiner l'astronome qui a calculé le point précis de leur d'arrivée par Ihoshka, sa favorite, et les recueille. La reine fait de Los sienne, et peut maintenant reproduire le baiser qu'elle l'a vu offrir à Natacha.

Après l'arrestation de Kravtsof, qui demande naïvement l'aide des Martiens pour appréhender Los, le corps de l'astronome est retrouvé et la preuve est faite de la culpabilité d'Ihoshka. Lorsque Aelita est surprise avec son amant terrien, celui-ci est à son tour emprisonné. Gussev, épris de la servante, se lance à la rescousse des prisonniers. Les esclaves de Mars profitent de la situation pour s'échapper et le fervent partisan les exhorte à la révolution Martienne et à la création, sur l'exemple soviétique, d'une Union Martienne de Républiques Socialistes Soviétique...

 Attention Spoiler ! la fin du film vous est racontée ci-dessous…

Aelita se range aux cotés des esclaves opprimés et prend leur tête. Après leur avoir fait déposer les armes, elle trahit les insurgés et les fait arrêter par sa milice. La reine, parvenu à son vil schéma, peut maintenant régner seule. Mais, Los, de colère, la pousse dans le vide.

Lorsqu'il lit le message « Anta Adeli Uta » sur une affiche publicitaire, Los comprend que tout ceci n'était une fois de plus qu'un de ses étranges rêves Martien et lorsqu'il retrouve Natacha, heureusement en vie, il lui demande de le pardonner. L'escroc Erlich est arrêté pour le meurtre de Spiridinov, et Los brûle les plans de son vaisseau spatial.

Aelita se range aux cotés des esclaves opprimés - Aelita
Aelita se range aux cotés des esclaves opprimés

Le petit mot du Doc

Anta Adeli Uta. Pour bien cerner le film, il est nécessaire de le replacer dans son contexte historique et politique de l'époque. La révolution Bolchévique d'octobre 1917 met fin au Tsarisme et propulse Lénine à la tête du pays. C'est la naissance de l'U.R.S.S.. Mais la révolution mécontente les anciens alliés de la Russie et les partisans du Tsar déclenchent une guerre civile qui durera jusqu'en 1920. Lénine assouplit alors le régime et remplace le communisme de guerre par la NEP, la nouvelle politique économie, une période qui se veut plus libérale.

La réalisation d'AELITA intervient donc après une longue période de guerres désastreuses pour le pays, suivi d'un conflit civil qui plonge le peuple dans la misère et la famine. Durant cette période de la NEP, le cinéma veut concurrencer les productions étrangères. En 1924, Yakov Protozanov a déjà à son actif une trentaine de films qui font de lui un des plus grands réalisateurs du régime Tsariste. Après un bref exil en France à la suite de la révolution, il tourne AELITA, d'après le roman d'Aleksei Tolstoy qui, comme Protazanov, est un émigré de retour en Russie soviétique.

AELITA est le premier film de science-fiction russe. Emprunt d'un expressionnisme allemand non dissimulé (Protozanov a travaillé à Berlin durant son exil), c'était de surcroît ce que l'on appelle aujourd'hui un « blockbuster ». A cette époque, le film fait l'objet d'une immense campagne publicitaire sans précédent. Tracts et messages « Anta Adeli Uta » ornent les pages de la Kinogazeta sans autre explication, un procédé publicitaire souvent repris de nos jours et appelé "buzz". Le film obtient un tel succès que l'on assiste cette année-là à une recrudescence du prénom Aelita. Si le public est enthousiaste, la presse et les instances gouvernementales en revanche sont plus critiques à l'égard du réalisateur qui filme d'une manière réaliste les difficultés de la société Russe durant cette dure période post-révolutionnaire.

S'il s'agit bien de science-fiction Martienne, les trois quarts de l'action se situent tout de même à Moscou. Protazanov y mélange habilement drame sentimental, intrigue policière et pamphlet politique.

Servi par les décors futuristes et constructivistes d'Isaak Rabinovich et les costumes révolutionnaires d'Alexandra Ekster, Mars représente le capitalisme qui asservit l'homme en esclavage. La différence entre les deux sociétés est flagrante. D'un côté, le peuple d'U.R.S.S. est miséreux, en proie aux restrictions alimentaires et pour certains, nostalgiques du régime tsariste, mais dopé par la reconstruction héroïque et partisane entamée du pays. De l'autre, le système royaliste s'appui sur le profil et l'exploitation de l'homme, ne laissant aucune place aux sentiments humains déclinés tout du long des séquences terriennes et qui émoustillent la reine de la planète rouge. Ici l'élite se nomme les « Aînés ». Les dirigeant de Mars, qui utilisent la main d'oeuvre humaine comme une simple énergie sans aucune autre forme de compassion, n'hésitent pas à l'économiser en envoyant une partie des esclaves au « congélateur ». Le soldat Gussev, fervent partisan du régime, tente d'endoctriner les esclaves de Mars, les incitant sans vergogne à la révolte Martienne calquée sur le modèle Soviétique fraîchement imposé sur Terre. La symbolique est forte "les esclaves brisent leurs chaînes et se passent le flambeau de la liberté". Gussev exhorte "camarades, suivez notre exemple, unissez-vous dans une famille d'ouvriers dans une Union Martienne de Républiques Socialistes Soviétique".

L'expérience Martienne de Los n'est qu'un rêve. En comparaison, l'ingénieur, heureux de retrouver Natacha, se rend finalement compte que la société n'est pas si inhospitalière que ça et qu'il n'est pas utile de fuir.

Considéré comme un chef d'oeuvre, le film influença Fritz Lang pour son célèbre METROPOLIS (1927) qui lui emprunte l'esthétique architecturale et la dualité des castes Martiennes. Les forces vives (les Aînés) et les esclaves sont calqués en monde du haut et du bas par le metteur en scène allemand.