Blade Runner

(Blade Runner)

12 octobre 2003

Je dois faire mon mea culpa : je n'ai pas aimé ce film la première fois car je n'y ai vu qu'un long clip boursouflé typique de l'esthétique (moche) des années 80 à laquelle Scott a beaucoup participé. A savoir lumière bleutée clinique et mouillée, tirages de tronches façon défilé de mode branchouille et avec comme cerise trop confite sur le gâteau indigeste l'usage de ralentis lourdingues. Autour de moi, tout le monde adorait « BLADE RUNNER » et cette unanimité me dépassait totalement. Et puis je l'ai vu et revu, et ma position aussi. Il y aura toujours ce côté chic-eighties mais j'ai peu à peu été emballé par la poésie étrange de cet univers. Ridley Scott est un artisan du « sale stylisé » qu'il avait mis au point avec « ALIEN », sans doute le premier film spatial où le vaisseau et ses occupants ressemblaient plus à des ouvriers dans une usine qu'à des ingénieurs dans un conapt nickelé et hygiénique. Il pleut beaucoup (tout le temps ?) dans « BLADE RUNNER », un peu comme dans les films noirs des années 40-50. Normal en un sens, puisque c'est quasiment un polar où Harrisson Ford joue une sorte de Sam Spade ou de Philip Marlowe du futur, rongé, désabusé et cynique. Sean Young campe aussi une héroïne au charme très rétro, qui rappelle ces actrices de l'age d'or du polar américain qui croisaient les errances de Bogart ou Mitchum. Toutes les populations et les époques semblent mélangées. Un trait dickien par excellence.
Comme le thème de l'androïde qui veut, comme les humains, la réponse à l'éternel trio de questions : « Qui suis-je ? », « D'où viens-je ? », « Où vais-je ? ». Le titre originel du roman de Dick est un des plus beaux qui soit : « Do androids dream of electric sheeps ? » (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?). La force principale du film de Scott est justement de faire des non-humains des personnages aussi attachants que des êtres de chair et d'os, taraudés qu'ils sont par leur courte existence. En cela ils sont donc parfaitement vivants puisqu'ils ont la conscience de leur fin. Ce n'est pas par hasard si le plus émouvant humain est J.F. Sebastian, lui qui justement vieillit en accéléré. De tout le film, ma scène préférée est celle où il rentre chez lui et est accueillit par ses jouets animés. Je ne sais si Scott voulut faire un clin d'oeil à Kubrick mais il a eu l'excellente idée de prendre Joe Turkel pour interprêter Tyrell, parfait en démiurge joueur d'échecs (donc doublement kubrickien). Le seul petit bémol : Rutger Hauer, un peu trop « Actor's Studio », visiblement très marqué par le jeu de Brando. Sa mort grandiloquente avec ralenti et vol de tourterelle à la clé frôle le kitsch.
Mais bon. Il y a vingt ans, j'aurais mis 6/20 pour l'ensemble. Aujourd'hui, j'avoue ma honte, me couvre la tête de cendres. « BLADE RUNNER » est un grand et beau film. Même la musique de Vangelis qui me faisait hurler, eh bien, j'ai appris à l'aimer.

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