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dvd : The Last Winter

Date de sortie : 26 octobre 2011

The Last Winter

Film

Support

Bonus

Acteurs : Ron Perlman, James LeGros, Connie Britton, Zach Gilford, Kevin Corrigan

Réalisateur : Larry Fessenden

Langues : Français DD 5.1 et Anglais DD 5.1

Sous-titres : Français

Zone : Zone 2

Format image : 2.35

Nombre de disques : 1

Editeur : Pathe

Date de sortie : 26 octobre 2011

Durée : 97

Disponible en DVD

L'histoire

"Larry Fessenden est l'un des créateurs les plus originaux qui émerge dans le domaine de l'horreur ; The Last Winter est son oeuvre la plus aboutie." Guillermo del Toro - Extrait du dossier de presse.

L’Alaska, une des régions encore les plus isolées du monde. La North Line, une importante firme pétrolière, y délègue une équipe de six membres à ses confins, dans une zone refuge naturel, afin de préparer l’exploitation de la mine de Kik.

Après une absence de cinq semaines, revenant à la station avec l’accord de ses employeurs pour commencer les travaux, le chef du groupe Ed Pollack doit désormais rapidement obtenir l’aval de James Hoffman. Mais celui-ci, un écologiste renommé présent sur place pour évaluer les impacts environnementaux en concertation avec la North Line, est convaincu, ainsi que son second Elliot Jenkins, que l’écosystème est déjà déréglé au-delà de toute prévision. En effet, leurs recherches tendent à prouver que le permafrost est en train de se réchauffer et que quelque intervention humaine que ce soit déstabiliserait de manière irréversible le biotope local. Il est d’autre part persuadé, tenant compte de calculs sur les cinq dernières années, que la hausse des températures et l’affaiblissement des sols est la conséquence directe du réchauffement climatique. La situation, en quelques mois a évoluée à tel point qu’il est devenu impossible de tracer les pistes de glace géantes prévues pour acheminer le matériel indispensable à l'opération, de même que la solution de substitution qui est d’utiliser d’énormes camions.

Alors que les deux hommes s’opposent –d’autant qu’ils sont rivaux quant à l’amour de la doctoresse présente sur le site- des évènements étranges commencent à déstabiliser la petite communauté : certains de ses membres semblent souffrir d’hallucinations. Puis le plus jeune de l’équipe, fils d’un ami de Pollack, est retrouvé mort, nu et gelé, près d’une boite blanche, sorte de monolithe marquant l’endroit gardé secret d’un premier forage test effectué vingt ans plus tôt, qu’il était convaincu d’être hanté.

Alors que la folie s’empare progressivement de la base, Hoffman tente de comprendre l’origine de ces disfonctionnements qui perturbent les humains et les lieux. Ces divagations seraient-elles causées par des gaz que le redoux libère ? A moins que ce ne soit les symptômes d’un mal plus grand… Mère Nature se révolterait-elle ? Et s’ils étaient en train de vivre leur dernier hiver ?

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Le petit mot de Francis SCHALL

Lieux des dernières grandes explorations humaines (avant de s’attaquer à l’espace !) les pôles sont des contrées mythiques qui ont toujours fasciné les auteurs de romans fantastiques et d’anticipation, depuis Edgar Allan Poe ("Les Aventures d'Arthur Gordon Pym" - 1838), Jules Verne ("Les Aventures du capitaine Hatteras" - 1867) et Lovecraft ("Les Montagnes hallucinées" - 1931). Et qu’affectionne le cinéma de science fiction ! La liste serait trop longue de recenser tous les films qui, du Nord au Sud, ancrent leurs sujets dans la neige, la glace et les banquises. Pourtant, je ne résisterai pas à en citer quelques uns : LE MONSTRE DES TEMPS PERDUS (1953) d'Eugène Lourié, LA CHOSE SURGIT DES TÉNÈBRES (1957) de Nathan Juran, L'OASIS DES TEMPÊTES (1987) de Virgil Vogel, jusqu’à ALIEN VS. PREDATOR. Et évidemment, LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE de Chris Niby et Howard Hawks en 1951 et THE THING de John Carpenter en 19821 , et cette année sa préquelle qui, au fond, n’est qu’un retour au premier. N’oublions pas non plus que "Frankenstein", le premier vrai roman de SF, en 1818 (et son excellente adaptation par Kenneth Branagh en 1994), débute au Pôle Nord…

C’est avec THE THING que ce « dernier hiver » a le plus de rapports. En plus du cloisonnement que suscite le théâtre de l’action, pour ne pas dire la claustrophobie, on y retrouve sur la fin le thème de la paranoïa qui hantait le film de John Carpenter. Mais la progression est effectivement plus lente, au rythme figeant de la froidure. Et surtout, loin des antagonismes primaires des films simplement d’action, Larry Fessenden nous propose des personnages complexes, en demi-teintes, balançant entre doutes et expectatives, presque trop humain. Ensuite, ce qui le différencie du chef-d’œuvre de Carpenter (assez proche d’ailleurs des déphasements de Lovecraft), est son discours écologiques et son message social flagrant.

Quant au contexte… Le clip télévisuel de la société North Line, que regarde d’un œil malheureusement peu attentif le jeune Maxwell en ouverture du film, cite la région de Prudhoe Bay (où se déroule l’histoire) qui produit la moitié du pétrole de l'Alaska. La commentatrice y rappelle que ce pétrole est acheminé aux Etats-Unis grâce au célèbre oléoduc trans-Alaska, long de 1287 km. Les débats autour de l’exploitation des gisements pétroliers de l’Alaska ont réellement fait partie de l’actualité américaine : en 2005, le président Bill Clinton a ouvert une exploitation pétrolière dans le territoire protégé de l’Arctic National Wildlife Refuge. Des associations écologistes se sont alors mobilisées contre ce projet.

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THE LAST WINTER commence presque à la manière d’un documentaire (et, dans le genre, je pense à celui absolument magnifique, terriblement envoûtant, de Werner Herzog, ENCOUNTERS AT THE END OF THE WORLD, autour de la vie dans la base antarctique McMurdo, que je recommande chaudement…). Avec le retour à la station de son chef, Ed Pollack (Ron Perlman), nous faisons la connaissance des sept autres membres du groupe et des quelques baraques perdues dans l’immensité blanche, glacée, mystérieuse, captivante, dans les deux sens du terme. La station isolée et son environnement sauvage, la vie quotidienne, les complications pratiques, tout ceci installe une atmosphère très réelle. Tourné au Groenland et en Alaska, les conditions et les lieux sont celles du terrain et nous impliquent d’autant : à voir, par exemple, la buée sortant de la bouche des interprètes, nous ressentons effectivement le froid avec eux… Grâce à ce réalisme, les chimères surgiront de manières d’autant plus efficaces, troublantes d’abord, avant de nous plonger dans un véritable malaise qui basculera ensuite vers l’angoisse. Avec le vent qui malmène les flocons de neige, l’obscurité, la solitude des personnages, et la moitié du temps plongé dans cette nuit qui voile tout au-delà des lumières du camp, nous sommes, avec les protagonistes, obligés de deviner, de soupçonner, de nous interroger, inévitablement… Lentement, mais sans compromis, le film nous place, par touches successives puis, dans la seconde partie, par un rythme qui va en s’accélérant, dans un climat tendu au bord de la rupture. Ambiances superbes dues à une mise en scène riche, fouillée, complexe, remarquable…

A partir de l’écran noir de la nuit engourdie, ou de l’immaculé inquiétant des jours, la caméra, presqu’en permanence subjective, tourne et virevolte, aérienne la plupart du temps, entre les rares bâtiments de la base, fixe les êtres du dehors vers l’intérieur, à travers les fenêtres ; plongées, subjectives également, dans des âmes égarées… Cette caméra de Larry Fessenden vole littéralement, comme une menace permanente au-dessus des êtres et des paysages d’un blanc démesuré. Ce choix des mouvements de caméra, souvent d’un point de vu déstabilisant et privilégiant régulièrement une vision en hauteur (plongée, envol de la caméra…) renvois aussi à ces corbeaux qui hantent le film, messager de fin du monde et véritables charognards ; n’oublions pas que ce sont des oiseaux psychopompes2 (un peu comme les étourneaux de Stephen King dans "La part des ténèbres") Cette implication des spectateurs (et nous pouvons comprendre alors le refus du film par certains…) va jusqu’à la fin, et ce point de vu, en plongée presque verticale puis sa rotation ascensionnelle, qui encercle Abby, la survivante, et l’écrase, accablant nettement avec elle l’humanité abasourdie par la conclusion funeste dont elle est responsable….

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Le point de vue est en fait ici fondamental : le metteur en scène (c’est vraiment le cas de le dire) tourne autour de ses personnages et les regarde… regarder. L’objectif fixe notre regard de spectateurs sur les regards des acteurs de l’histoire sans pratiquement jamais nous montrer ce qu’ils peuvent percevoir, ou ne pas discerner. THE LAST WINTER est donc avant tout un film sur ce qu’on ne peut ou surtout (ainsi la plupart des humains en ce qui concerne le réchauffement climatique) ce qu’on ne veut pas voir (ici c’est principalement le cas de Pollock, le chef de la station). Cette quasi permanence du hors-champ, du hors-cadre nous installe dans le règne des impressions, des conjectures, d’éventuelles possibilités, mais jamais des certitudes. Il s’imprègne de tous les mystères, et les spectateurs sont obligés de faire fonctionner leur imaginaire pour remplir, pour peupler l’invisible ; du coup, nous nous retrouvons aux côtés des protagonistes, complices et solidaires, à la fois fasciné et bientôt terrorisé par leur environnement… Car depuis toujours, la première et la pire des peurs est celle de ce que nous ignorons…

Pour finir de créer cette ambiance mortifère, des effets simples mais terriblement efficaces : ces rafales de vent qui surgissent soudain de nulle part, suivit d’un calme absolu (notons que la musique, excellente, n’est guère envahissante), tout aussi brutal ; des traces dans la neige, qui apparaissent sans raison ; les mouvements de caméra ci-dessus cités ; et toujours ces regards…

Autre part importante dans la réussite indéniable du film, un montage particulièrement soigné. Comme d’ailleurs le découpage du scénario : excellente structure narrative avec à la fois une progression lente, comme nous l’avons déjà souligné, mais chargée d’indices de « folie » et des pics dramatiques disposés à point nommés… La séquence montrant les doutes d’Hoffman, dans son abri isolé, est particulièrement représentative de ceci et très réussie, constituée d’images rapides ou qui se brouillent, et de fondus enchaîné qui ont là vraiment sens.

Au-delà de sa part de film d’épouvante, THE LAST WINTER est chargé de messages (qu’il serait temps d’écouter !) que Fessenden met dans la bouche d’Hoffman : "Je ne vous parle pas de réchauffement climatique, je vous parle d’ici et maintenant." ; "L’empathie avec la terre, apprenons nous cela dès l’enfance ?" ; "Pourquoi méprisons-nous le monde qui nous a donné la vie ? Pourquoi cette aliénation ?" ; "Pourquoi la nature ne nous combattrait-elle pas, comme tout organisme combattrait un virus ?" ; "Le monde dans lequel on a grandi a changé à jamais…" Le film n’est pourtant aucunement bavard, car tout est signe dans le travail de Larry Fessenden. Pour n’en citer qu’un : parmi les livres apporté par Hoffman, ironiquement, "L’origine des espèces" de Charles Darwin annonce la disparition possible de celle des humains. Et, symbole et puissante métaphore de la vision pessimiste du réalisateur et co-auteur du film, la grande boite blanche (elle fait bien 2m 50 de haut à en juger par la taille d’un humain à ses abords) et ses caractères rouges rappelant qu’elle marque le site du premier viol de la terre en ces lieux : elle renvoie bien entendu à celle de Pandore, mais elle évoque aussi indéniablement les monolithes de 2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE

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Présent également dans le film, les croyances indiennes, évoquées par Dawn, la cuisinière ; le Wendigo, esprit vengeur de la nature, est une réelle croyance issue de la mythologie des Amérindiens du Canada. Créature surnaturelle, elle désigne un être possédé consommant de la viande humaine. Il est le thème du précédant film de Fessenden au titre éponyme.

Concernant les interprètes… L’acteur Ron Perlman (Ed Pollack), lancé par Jean-Jacques Annaud dans LA GUERRE DU FEU et LE NOM DE LA ROSE, est une des "gueule" du cinéma américain. Il s’est imposé au fil des années grâce à de très nombreuses prestations remarquées : ALIEN, LA RÉSURRECTION, HELLBOY 1 & 2... Nous l’avons retrouvé cet été dans CONAN et aux côtés de Ryan Gosling dans DRIVE (Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2011). Dans THE LAST WINTER, il joue le responsable de la base d’exploitation pétrolière.

James Legros (James Hoffman), l’écologiste convaincu de la gravité de la situation environnementale, est un second rôle brillant du cinéma hollywoodien. Crédité dans de nombreux blockbusters comme ZODIAC, PSYCHO, ou ENNEMI D'ETAT, il a également joué dans plusieurs séries télévisées. Prochainement, il sera à l’affiche de THICKER et de STAKE LAND.

Connie Britton (Abby) est une habituée du petit écran. Actrice pour de nombreuses séries américaines telles que SPIN CITY, LOST AT HOME, ou encore 24 HEURES CHRONO. Au cinéma, où on la voit depuis peu, elle a été de FREDDY, LES GRIFFES DE LA NUIT de Samuel Bayer et de WOMEN IN TROUBLE de Sebastian Gutierrez.

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L’Américain Larry Fessenden est avant tout un acteur (interprète de cinquante film dont LE SYNDROME FRANKENSTEIN (1991), HEADSPACE (2005), L'EMPIRE DES OMBRES (2010). Dans THE LAST WINTER il est (brièvement !) Charles Foster, un des représentants de la North Line. Il a également été de la production de A TOMBEAU OUVERT de Martin Scorsese, BROKEN FLOWERS de Jim Jarmusch ou A VIF de Neil Jordan... Nombreux ont apprécié l'atmosphère de son précédent long métrage en tant que réalisateur, WENDIGO (2001). C’est un cinéaste engagé qui a choisi la voie du genre (fantastique, de préférence, ici science-fiction écologique) pour dire ses préoccupations ; cela comme quelques autres tel le Canadien David Cronenberg, ou le Coréen Bong Joon-ho avec THE HOST. Il expose ici ses anxiétés – on ne peut plus justifiées – concernant les agissements des humains contre l’ordre naturel, et il le fait avec un talent remarquable.

Notons enfin que le scénario du film a été a adapté en bande-dessinée par Arist Brahm Revel .

Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu voici un film à distinguer parmi la flopée de navets qui sort sur nos écrans; et à revoir pour les autres : il est si riche que de nouvelles facettes s’impose à chaque nouvelle vision.

Francis Schall

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1 Tous deux étant l’adaptation de la longue nouvelle de John W. Campbell "La bête d’un autre monde" dans son recueil "Le ciel est mort".
2 Psychopompe : conducteur des âmes des morts vers l'Au-delà.

12 décembre 2011