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Philippe Manoeuvre

06.02.2011

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Philippe manoeuvre prête sa voix à Paul[philippe-manoeuvre-prete-sa-voix-a-paul.jpg]

Entretien avec Philippe Manœuvre à l'occasion de sa prestation de doublure voix française de l'extra-terrestre Paul dans le film PAUL (2011) à sortir le 2 mars 2011.

Pouvez-vous nous raconter le film, en quelques mots ?

Paul est un road movie de science-fiction. Imaginez ET - L'EXTRA-TERRESTRE (1982, Steven Spielberg) qui rencontre EASY RIDER (1969, Dennis Hopper) ! En gros : deux geeks anglais, fans absolus de science-fiction, partent à travers les États-Unis et s'en vont notamment en pèlerinage dans la fameuse Zone 51 du Nevada, où il y aurait eu les premières apparitions extraterrestres en 1947. Ils vont tomber sur bien plus qu'ils n'espéraient : une véritable "rencontre du troisième type" avec un mystérieux alien nommé Paul. Paul est un personnage assez singulier. Il a donc débarqué sur Terre en 1947 et depuis, il est conseiller d'Hollywood. Il est à l'origine d'E.T., RENCONTRES DU TROISIEME TYPE (1977, Steven Spielberg), X-FILES ("Aux frontières du réel", 1993-2002). C'est à lui qu'on doit l'agent Mulder, etc. Mais aujourd'hui, le gouvernement américain n'a plus vraiment besoin de ses services et veut le trépaner et lui subtiliser le cerveau. Alors il s'évade et cherche juste à regagner sa planète.

Que pensez-vous du film ?

Ça m'a rappelé bien des choses (rires). Je trouve que c'est un film très moderne parce qu'on entre d'emblée dans le sujet. Il n'y a pas de longues explications, on est de suite dans l'action. Par contre, ça pourrait faire un sacré concours : dans PAUL, on trouve des allusions à E.T., ALIEN (1979), STAR WARS (1977), PREDATOR (1987), X-FILES (1998 & 2008), MEN IN BLACK (1997 & 2002), presque tous les grands films du genre. Tous les thèmes de l'extraterrestre y sont revisités, ce qui a été un petit régal pour moi. En tant qu'ancien rédacteur en chef de Métal Hurlant dès 1978, j'ai modestement participé à cette déferlante de science-fiction qui survenait en même temps que LA GUERRE DES ETOILES (1977). C'est le moment où les terriens se découvraient une fascination pour toutes les choses extraterrestres, planètes, voyages cosmiques, robots, vaisseaux spatiaux, etc. Dans le fondateur E.T., Spielberg nous expliquait que les enfants communiquent sans peine avec les extra-terrestres. PAUL est la suite logique, l'étape suivante.

C'est un univers qui vous est très familier, mais pour des gens qui seraient moins adeptes...

Quand un film de science-fiction est bon, tout le monde comprend. C'est le propre des grands films. Le succès d'E.T. a été global : dans toutes les classes d'âge et de la société, comme LA GUERRE DES ÉTOILES. Là, c'est peut-être un peu plus spécialisé au début et puis, d'un seul coup, on est dans un film d'aventure, avec des "men in black" qui cavalent après notre sympathique petit alien et on se demande : "Est-ce que ses deux acolytes - l'un écrivain, l'autre dessinateur de science-fiction - vont avoir l'imagination nécessaire pour le faire quitter notre planète ?" Tout le monde peut y trouver son compte.

Comment décririez-vous Paul ?

Paul, c'est un ancien. Il nous observe depuis sept décennies, il connaît bien les humains. On le fait rire. Il fume des pétards, écoute des disques de Marvin Gaye, de Lee Perry. C'est un personnage cool. On a vraiment envie de le connaître et de passer du temps avec lui. C'est sûr.

Est-ce que le personnage, un extraterrestre en tongs, un peu vulgaire et rock'n'roll, vous a étonné ?

Non, l'époque est rock'n'roll donc même les extraterrestres sont rock'n'roll. Ils se sont mis au goût du jour.

Mais, malgré tous ses défauts, il reste un personnage attachant...

En effet, il ne s'agit pas d'un super héro. Paul, qui pourrait être décrit comme un alien de type "Petit Gris", a toutes sortes de problèmes, gastriques et autres. Il mange des oiseaux, mais seulement vivants (!). Il fait plein de trucs bizarres. Ce n'est pas une promenade de santé pour nos deux amis : ils ont embarqué une fille par mégarde, ils sont poursuivis par des "men in black" et, petit à petit, dans l'action, on découvre Paul, qui est en fait très malin. En sortant du film, on n'a qu'une envie, c'est d'y retourner parce que Paul crée une espèce de complicité avec le spectateur. Ce petit gnome est l'anti-Gollum du SEIGNEUR DES ANNEAUX (2001, 2002 & 2003). Il lui ressemble un peu physiquement, mais c'est son antithèse : c'est un Gollum en tongs !

Quand on vous a proposé de doubler Paul, quelle a été votre réaction ?

Je me suis assis pour ne pas m'écrouler de rire, en disant : "Calmez-vous les amis. Vous vous rendez bien compte ? Je ne pense pas du tout être qualifié pour faire ça." Mais les gens d'Universal avaient vu le jeu vidéo Guitar Hero Warriors of Rock pour lequel j'ai effectivement fait une voix, doublant Gene Simmons du groupe KISS. Ils trouvaient le résultat assez probant. J'ai demandé si on pouvait faire des essais parce que je n'étais pas certain de pouvoir remplir la mission. Les seules voix que j'avais faites étaient celle d'un petit robot qui se balade dans un vaisseau, dans le film METAL HURLANT (1981, Gerald Potterton), celle du D.J. dans SPINAL TAP (1984, Rob Reiner) et un avocat de BE COOL (2005, F.´Gary Gray), mais c'étaient des petits clins d'oeil. Rien à voir avec la responsabilité de porter un personnage avec ses cordes vocales ! Mais ils ont trouvé les essais concluants, ça les a beaucoup fait rire...

Et votre opinion personnelle ?

C'est mystique (rires). On fait de notre mieux, en essayant de coller au personnage, même si, en dehors des pétards, je n'ai pas vraiment de point commun avec Paul. Il fallait donc rentrer dans le personnage. Je suis très aidé par l'équipe qui m'entoure dont Virginie Mery, la directrice artistique, qui a travaillé avec Alain Chabat sur la version française de SHREK (2001 et les trois films suivants en 2003, 2007 & 2010), et qui voit très bien le genre de problèmes qu'un outsider comme moi peut avoir. Elle m'aide, me dit : "Oui, plus sensuel, non, du calme." Il faut être très calme pour faire l'acteur, savoir rester en retrait pour mieux libérer le personnage. On a besoin de moins d'intensité qu'à la télévision. Là, on peut rester dans une certaine subtilité, ce qui est très agréable finalement. On a d'abord doublé la bande-annonce, ce qui m'a mis tout de suite dans le bain. Il y a des passages formidables : Paul qui court en se faisant tirer dessus, Paul qui marche dans la rue déguisé en cow-boy entre ses deux acolytes, Paul qui cavale dans l'immensité et qui arrive, après un accident de voiture terrible, en disant : "Salut les gars, c'est moi. Faut que vous m'aidiez." Une belle expérience. Et puis j'ai découvert l'envers du décor : les cabines, le matériel de prise de son, l'ingénieur sympa...

Vous avez une vraie personnalité vocale, comment avez-vous pu en jouer ?

Je suis sauvé parce que je connais les chansons, la musique du film, que j'adore et toute l'ambiance me parle. Il y a des morceaux de Lee Perry, de Marvin Gaye, Electric Light Orchestra et Paul chante parfois dessus ! C'est classe et ça donne envie d'aider ce petit personnage à vivre. Parce que c'est ça le challenge : il y a ce petit bonhomme - une espèce de création alchimique - qui est là à l'écran, et qu'il faut incarner. Je me retrouve en train de faire ce que je demandais aux candidats de "La Nouvelle Star" : incarner une chanson, façonner un univers par petites touches.

Vous êtes-vous inspiré de vos références ?

Je lis de la science-fiction depuis que j'ai 12 ans. Mais la S.F. n'a pas toujours existé, c'est un phénomène récent. Les aliens arrivent en force dans la pop culture à partir de 1947. Exactement la date de l'arrivée de Paul sur Terre. C'est le moment où ils apparaissent dans les Amazing Stories (premier magazine de S.F. américain paru entre 1926 et 2005 et considéré comme le pulp par excellence), où se créent les pulps en Amérique, ces petits magazines de science-fiction qu'on achète quelques cents, avec des couvertures sur lesquelles figurent toujours des monstres et des princesses dénudées. Peu après arrive le fameux film LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA (1951, Robert Wise) avec un des premiers aliens du cinéma, Klaatu. Au début, la science-fiction est vraiment faite de robots et de voyages dans le cosmos, etc. Dès 1966, STAR TREK (1966-1969) enfonce l'idée que humains (Capitaine Kirk) et aliens (Mr Spock) pourraient finalement explorer l'espace ensemble. Mais les grandes années "alien" correspondent à la fin des années 70. Avant, les extraterrestres n'étaient pas très crédibles. Les réalisateurs hollywoodiens préféraient le robot ou le gros monstre dégoulinant. L'alien devient très maîtrisé à partir de Steven Spielberg, avec E.T., puis il y a une explosion de l'alien, avec celui remarquable et monstrueux créé par H. R. Giger pour le film de Ridley Scott, ALIEN, qui sera aussi l'alien du cosmos et qui connaîtra plein de suites très créatives. Les aliens vont envahir le paysage filmographique, la bande dessinée, les romans de S.F., avec bien sûr STAR WARS, où ils sont considérés comme monnaie courante, comme dans cette fameuse scène de la cantine, une des séquences préférées de tous les fans, où on aimerait tous passer un après-midi. En fait, les aliens ont unifié la planète. On sortait de l'abomination de la Guerre Mondiale qui avait mis la planète à feu et elle était alors constituée de blocs : le bloc de l'Est, les nazis, les Alliés, etc. La planète était morcelée. À partir du moment où on dit : "Il y a une présence extraterrestre, on a vu des aliens", il n'y a plus les Allemands, les Français, les Chinois. On est ensemble, tous terriens face aux aliens. Et je crois que ça a été le rôle secret des aliens au cours des 30 dernières années. Et c'est d'ailleurs là la grande idée d'Hollywood, de développer tous ces thèmes, y compris le film de guerre avec STARSHIP TROOPERS (1997) où on va casser de l'alien, un peu comme les films de John Wayne où ils allaient "corriger" le Viêt-Cong... Hollywood a vraiment fait un boulot magnifique autour de cette histoire d'aliens. Voilà comment je vois ça.

Mais Paul a, lui, adopté beaucoup de comportements humains ?

À partir des années 80 surgissent les graphic novels et les séries télé, notamment V (1983-85, Kenneth Johnson & son remake en 2009) qui raconte comment les aliens, en venant sur Terre, adoptent certaines caractéristiques des humains, en particulier nos émotions, qu'ils ne partagent pas forcément d'emblée. Paul aussi est devenu très humain. C'est pour ça qu'il nous touche. C'est un petit alien, amateur de joints et de reggae dub, qui danse le soir autour d'un barbecue en mangeant des pistaches grillés, qui potasse les comics, qui se marre dans les magasins de jouets. Il sait tout sur les sabres, les mangas, les "X-Files"... C'est aussi une véritable encyclopédie, ce Paul.

De quoi discuteriez-vous avec lui ?

Si je rencontrais Paul, j'aurais une grande discussion avec lui sur le cosmos, le voyage cosmique, sur sa planète à lui. J'essayerais de faire en sorte qu'il m'y amène. J'aimerais bien aller la visiter. Plein de questions se posent : y a-t-il des univers parallèles comme dans FRINGE (2008-), quid de la télépathie, etc.

Vous n'êtes pas si loin de lui, finalement ?

Il nous touche. Il est rigolo, un peu humain bien sûr. Mais, surtout, il n'est dupe de rien et ça c'est rock'n'roll. Il dit : "Attention, le sabre que tu vas acheter, c'est de la camelote. Ne faîtes pas ça, etc." Il sait tout avant que ça n'arrive. C'est un super personnage !