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Star Wars : Dark Vador, figure incontournable de la pop culture

12.12.2016

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Attendu en salle ce 14 décembre, le spin-off ROGUE ONE signe le grand retour du célèbre maître Sith à la cape noire menaçante. Pour Le Figaro, le spécialiste Fabrice Labrousse explique pourquoi Dark Vador fascine toujours autant de monde.

Qui ne connaît pas Dark Vador? Apparu pour la première fois à l'écran en 1977 dans Un nouvel espoir, le méchant emblématique de la saga Star Wars revient cette année dans le spin-off ROGUE ONE, attendu en salle le 14 décembre. Issu de l'imagination de George Lucas, le maître Sith à la longue cape noire a su se créer une place de choix dans le cœur des cinéphiles. Au point de devenir une véritable icône dans notre culture populaire. Auteur de Star Wars Décrypté, de George Lucas à Walt Disney (Bartillat, 2015) et fondateur du site scifi-movies.com, Fabrice Labrousse revient sur la grande popularité de Dark Vador et explique les raisons de pourquoi ce personnage fascine encore et toujours.

Qu'est ce qui caractérise le personnage de Dark Vador?

Dark Vador a été élu « plus grand méchant de tous les temps » par les lecteurs du magazine britannique Total Films en 2001. C’est tout dire. Il est l’incarnation même du Mal. Avec son apparence mécanique qui lui ôte toute humanité, il inspire l’effroi et fait trembler jusqu’aux officiers de l’Empire. Bras droit de l’Empereur il n’a pour hiérarchie que ce même tyran qui tire les ficelles de la Galaxie, terrain de jeu de la Saga. Autoritaire et sans pitié (il va jusqu’à éliminer des enfants, ce qui est plutôt rare dans le cinéma américain), il étrangle à tour de bras et même par la pensée, grâce à la Force qu’il est – tel qu’on le découvre dans LA GUERRE DES ÉTOILES – le dernier à posséder. Pourtant, derrière ce masque, il y a un humain, un humain emprisonné d’une armure qui est également son salut. Ce qui fait sa particularité c’est son histoire, insolite. Il n’est pas né méchant. Il n’a pas toujours porté un masque. Avant de devenir Dark Vador il était Anakin Skywalker, le père de Luke, héros de la Trilogie. Dès sa filiation connue, celui-ci n’aura de cesse de tenter de ramener son père à la lumière.

Pourquoi le personnage de Dark Vador fascine toujours autant ?

Peut-être parce que jusque là aucun méchant moderne n’a su lui ravir le titre. C’est un des méchants les plus emblématiques du cinéma. Son charisme a su plaire aux spectateurs que nous étions en 1977. Ce n’est pas un simple personnage de figuration. George Lucas a développé son histoire – tragique - au fil des films permettant à tout un chacun de s’identifier à lui. Et le manichéisme bien marqué de Star Wars (de prime abord car le manichéisme est bien plus complexe, y compris dans la Saga) permet aisément à chacun de choisir son camp, d’avoir une idole à admirer. On a tendance à préférer les méchants, ainsi va sans doute la nature humaine.

Pourquoi est-il devenu, à l’instar de M. Spock issu de l’univers de Star Trek, un symbole de la pop culture ?

On ne devient pas ce genre de symbole du jour au lendemain. Dark Vador est né dans l’esprit de George Lucas il y a plus de quarante ans. Au départ, ce n’est pas lui le héros mais c’est le public qui au fil des films l’a mené à ce niveau de reconnaissance. Et puis le personnage est très graphique, une silhouette que l’on ne peut pas oublier. Tout de noir vêtu sous un masque anguleux, flanqué d’une longue cape noire et d’un sabre laser rouge, il fascine. Sa voix a également participé à rendre le personnage iconique. C’est celle de l’acteur noir américain James Earl Jones (le méchant de CONAN, LE BARBARE), profonde, puissante. Une voix parfaitement bien doublée en France par les regrettés François Chaumette et George Aminel. Et puis sa respiration asthmatique est aussi sa signature, indissociable du personnage. Quelle belle trouvaille ! Sans oublier son thème musical dédié, issu de la bande originale concoctée par John Williams, sans doute le compositeur le plus brillant d’Hollywood. Qui n’a jamais fredonné la célèbre Marche impériale ? Dark Vador fait maintenant partie de la mémoire collective : même ceux qui n’ont pas vu Star Wars (il y en a encore !) le connaissent. Son nom est entré dans le langage commun, tout comme l’une de ses plus célèbres répliques : « Je suis ton père ».

Dark Vador revient sur le devant de la scène grâce à ROGUE ONE. Pensez-vous qu’il aura un rôle majeur dans le film de Gareth Edwards?

Non, absolument pas. ROGUE ONE est un épisode autonome qui n’appartient pas à la saga des Skywalker. Cependant, il est évident que Disney va mettre un point d’honneur à ce que tous les films autonomes à venir puissent se raccrocher à cette Saga. Le pitch de ROGUE ONE en est la preuve évidente. C’est une formidable opportunité d’élargir cet univers cinématographique à la manière de ce qu’est l’univers étendu de Star Wars, composé d’histoires issues de la littérature, de la bande dessinée, des jeux vidéo, etc. S’agissant du premier de ces spin-off, Dark Vador est le personnage tout indiqué : il est le plus emblématique de la Saga et cela fait tellement longtemps que les fans attendent son retour. Il est l’une des clés de la réussite du film. Je parierai même que certains iront voir ROGUE ONE juste parce que Dark Vador y apparaît.

Pouvez-vous résumer l’histoire complexe de ce personnage (selon votre point de vue)?

L’histoire de Dark Vador tient sur les deux trilogies que George Lucas a racontées entre 1977 et 2005. Les trois premiers films dans l’ordre du tournage (LA GUERRE DES ÉTOILES, L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, LE RETOUR DU JEDI) constituant la « Trilogie » racontent l’histoire de Luke Skywalker, le fils. Les trois films suivants (LA MENACE FANTÔME, L'ATTAQUE DES CLONES, LA REVANCHE DES SITH) constituant la « Prélogie » présentent l’histoire du père, celle d’Anakin Skywalker qui devient Dark Vador. Il est préférable de découvrir les films dans cet ordre afin de préserver toute la dramatique de la Saga.

Celle-ci a pour fil rouge la Force, un champ d’énergie qui régit la Galaxie et que seuls deux clans savent apprivoiser : les Jedi et les Sith. Maîtrisée par les Jedi elle offre sagesse et altruisme ; adoptée par les Sith elle est synonyme de tyrannie. L’histoire de Dark Vador débute avec l’enfance d’Anakin Skywalker, un jeune esclave élevé seul par sa mère sur une planète désertique. Bien qu’il ne sache pas de quoi il s’agit, la Force est puissante en lui. Découvert par le chevalier Jedi Qui-Gon Jinn, il y est initié. Mais cette initiation n’est pas sans risque car son âge – déjà trop avancé – est aussi un problème : l’attachement et la peur peuvent le conduire vers le côté obscur dont se nourrissent les Sith, éternels adversaires des Jedi. Devenu adulte et Jedi confirmé, le petit garçon au visage d’ange va inévitablement transgresser quelques règles fondamentales : la mort de sa mère, torturée par des pillards, va l’emplir de haine ; la peur de perdre en couche celle qu’il a épousée en cachette (Padmé Amidala, jeune politicienne accessoirement reine de la planète Naboo) va définitivement le fragiliser. Car l’amour autant que la haine sont des sentiments proscrits. Dark Sidious, un Sith agissantsecrètement sous l’identité du Sénateur Palpatine qui manœuvre habilement pour transformer la République en un Empire galactique dont il va prendre le pouvoir, fait basculer Anakin du côté obscur de la Force. Devenu Sith, il prend le nom de Dark Vador, tue malgré lui Padmé et devient le lieutenant du nouvel empereur. C’est le mythe de Faust qui vend son âme au diable. Des années plus tard, dans le Trilogie, Luke, le fils d’Anakin, caché de lui et élevé dans le plus grand secret, va participer à la rédemption de son père.

La Saga montre comment un être particulièrement bon peu devenir le plus méchant de tous les méchants et être ramené du bon côté ; comment une République peut se transformer en Empire ; comment à trop vouloir éviter certaines choses on finit par les provoquer soi-même. Notons que cette dernière remarque, prononcée par Lucas lui-même, peut aussi s’appliquer à son propre cas : lui qui a toujours fuit le rouleau compresseur des grands studios américain a fini par créer son propre empire.

Pouvez-vous expliquer les particularités du costume de Dark Vador ?

Dessiné par Ralph McQuarrie le costume de Dark Vador, bien que semblant particulièrement novateur, emprunte à de multiples sources. Ce qui fait que la Saga a eu ce succès phénoménal c’est que chaque personnage (tout comme son histoire et son déroulement), trouve des racines dans notre inconscient. On le découvre et pourtant c’est un monde que l’on connait. Il en va de même avec ce costume. De couleur noire il évoque le Mal et tranche particulièrement bien avec la longue robe blanche de vestale que porte la Princesse Leia. Il s’inscrit dans le look de l’Empire qui emprunte au IIIème Reich jusqu’aux couleurs. Grand amateur de la civilisation asiatique, George Lucas a aussi été inspiré par les tenues des guerriers japonais de l’ère Meiji. Mais plus que tout, la ressemblance est flagrante avec le héros du serial The Fighting Devil Dogs, une production de la firme Republic, réalisé par John English et William Witney en 1938. On sait que George Lucas était friand de ce genre de spectacles.

Propos recueillis par Alicia Paulet pour Le Figaro

"Star Wars décrypté, de George Lucas à Walt Disney" est paru aux éditions Bartillat. Il est disponible à la vente sur Amazon et dans toutes les bonnes librairies.