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Star Wars a révolutionné le cinéma !

08.02.2012

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Fabrice Labrousse et Francis Schall sont les auteurs de « Il était une fois la Guerre des étoiles ', la galaxie George Lucas », un livre encyclopédique non officiel sur l'univers de George Lucas. La sortie en salles aujourd'hui de STAR WARS : EPISODE I - LA MENACE FANTÔME en 3D est l’occasion de retrouver l’interview qu’avaient accordée les auteurs au site 01men pour la sortie du livre le 25 mai 2007. Ceux qui voudront en savoir plus sur ce livre de 444 pages encensé par la critique ou ceux qui voudront le commander pourront se rendre directement sur son site officiel.

En quoi la sortie de Star Wars, il y a trente ans, a-t-elle révolutionné le cinéma américain ?

Fabrice Labrousse : Ben Hur a représenté un grand moment de l'histoire du cinéma, mais il ne l'a pas révolutionné, au contraire de La guerre des étoiles. Imaginez, nous sommes en 1977, les studios d'Hollywood baignent dans une sorte de morosité. On a du mal à se renouveler. La mode est aux anti-héros et aux films catastrophe. Arrive alors le film de Lucas, un film très naïf qui éblouit avec ses effets spéciaux. La grosse particularité du film, ce sont les effets spéciaux, des effets comme on n'en avait jamais vu alors et qui ont nécessité de créer ILM (Industrial Light & Magic), une société spécialement conçue pour les réaliser. A cela Lucas a également ajouté une bande son vraiment originale et une musique exceptionnelle qui, en pleine époque disco, avait pourtant de quoi surprendre. La première révolution est là.

La deuxième révolution, c'est celle du blockbuster, autrement dit du film qui rapporte beaucoup d'argent. Cela, il l'a créé sans le vouloir, car il ne s'attendait pas à un tel succès. Il faut savoir que, comparativement au profits dégagés par les films précédents, en moins d'un an, La guerre des étoiles a été infiniment plus rentable. A la fin de l'année 1977, le film avait déjà rapporté 200 millions de dollars alors qu'il avait été réalisé avec un budget de 10 millions. Cela a été quelque chose d'exceptionnel. Imaginez 2001 l'odyssée de l'espace, de Kubrick, devenu rentable au bout de cinq ans seulement ! Les financiers fraîchement nommés à la tête des majors hollywoodienne ont alors bien compris le potentiel de ce genre de film. Pour eux, il était maintenant évident qu'un film pouvait rapporter des centaines de millions.

Francis Schall : Avant Ben Hur, il faudrait même citer Autant en emporte le vent (1939) ?" six Oscars plus cinq autres nominations ?" qui est resté en tête du box-office jusqu'aux années soixante dix... Rappelons aussi que, si on calcule les bénéfices du film de Victor Flemming en tenant compte de la valeur du dollar d'alors, il arrive à la première place, devant La Guerre de étoiles ! Avec 1 250 000 000 de dollars !! Il avait un budget avoisinant à l'époque les 4 000 000 de dollars. Mais cela n'a pas ouvert un courant, un maelström comme après La guerre des étoiles ; les films ensuite ?" aux 4/5 de la science-fiction ou du fantastique ?" vont pratiquement chaque année pulvériser les records d'entrées. Avec le sommet atteint aujourd'hui par Spider-man 3. Les effets spéciaux permettent et la recherche et le gain : deux des passions humaines ! On ne va pas travailler les FX pour une romance ou un polar (et encore !) ; alors la science-fiction et le fantastique prennent la première place. Et c'est le film de Lucas qui a ouvert cette voie... Observez les changements en trente ans : impressionnant ! C'est ce que nous avons voulu montrer dans la première partie de notre ouvrage, trente ans de révolution ! Trois décennies qui ont bouleversé le cinéma dans son ensemble et dans pratiquement tous les domaines.

Quels sont les effets positifs et négatifs de cette ' révolution ' engendrée par Star Wars ?

Fabrice Labrousse : Le coté négatif, c'est qu'Hollywood a fait moins de films d'auteurs, parce qu'ils sont moins rentables, mais l'aspect positif, c'est que le film a réouvert la voie à un genre cinématographique qui était tombé en désuétude. Et puis la production cinématographique a considérablement augmenté puisque les studios étaient plus enclins à investir.

Francis Schall : Je nuancerais... Je pense que le cinéma de science-fiction aurait rebondi : la littérature du genre avait trouvé un nouveau souffle dans les années soixante-dix ; et on voit aujourd'hui encore la place de premier plan qu'a la fantasy, sous-genre de la SF, dans le domaine de l'édition. En positif, oui, les effets spéciaux, qui permettent une expression de l'imaginaire jusque là jamais atteinte ; je me souviens de m'être dit, sidéré, dans mon fauteuil, au moment où Yoda apparaît sur Dagobah dans L'empire contre-attaque : ' Voilà ! ils l'ont fait ; tout ce que mon imagination mettait en images à la lecture des romans du genre est là ! Ils ont réussi à transposer mon imagination en images de cinéma ! ' Parallèlement, il faut reconnaître que cette surenchère d'effets spéciaux a lentement mais sûrement tué la magie et l'innocence qui emplissaient les films sur lesquels travaillaient des Willis O'Brien ou Ray Harryhausen... [NDLR : Willis O'Brien est un réalisateur américain qui a inventé la technique du stop motion au début du xxe siècle, alors que Ray Harryhausen, autre réalisateur américain, l'a popularisé dans les années 60, notamment dans Jason et les Argonautes.)

Selon vous, George Lucas est-il un vrai réalisateur ou simplement un producteur génial ?

Fabrice Labrousse : C'est un vrai réalisateur, mais il n'a pas eu vraiment l'occasion de le prouver. La Guerre des étoiles a été son troisième film et il a été pris dans un engrenage et s'est rapidement transformé en producteur. C'est vrai que la direction d'acteurs, c'est quelque chose qu'il déteste. C'est un homme très timide qui a, de ce fait, du mal à diriger les comédiens. Son vrai truc, c'est le montage ! A ce propos, son amitié avec Francis Ford Coppola s'explique notamment par leur complémentarité. Ce dernier est un vrai directeur d'acteurs doublé d'un vrai scénariste. Mais même si l'on dit souvent que L'Empire contre-attaque, dirigé par Irvin Kershner, est le meilleur de la série, il ne faut pas minimiser ses talents de cinéaste.

Francis Schall : A mon goût, Lucas est avant tout un excellent producteur, un homme d'affaires extraordinaire, sans doute un des meilleurs de toute l'histoire du cinéma américain. Et puis c'est un homme d'invention, je dirais même d'intuition : il sent ce qui doit arriver... et il le fait arriver !! Si la direction d'acteurs ne semble pas son fort dans La guerre des étoiles ?" ensuite, avec la Prélogie, les progrès sont notables tout de même ?" il faut reconnaître que son travail dans ce domaine pour THX 1138 puis American graffiti crève l'écran ; sans doute parce qu'il avait plus de liberté et des personnages (dans le cas du second) très proches de lui-même. Concernant ses dispositions à la réalisation : à voir ses courts métrages, on sent d'emblée d'énormes capacités, très éclectiques, mais polarisées sur le montage. Lucas est assurément un réalisateur talentueux ; pour savoir si c'est un grand réalisateur, il va falloir attendre ses prochains films ! En ce qui concerne L'empire contre-attaque et sa préférence générale dans le c?"ur des spectateurs et des fans, c'est simple : Irvin Kershner est un grand réalisateur, il n'y a qu'à voir sa filmographie !

Pourquoi Star Wars a-t-il obtenu si peu d'Oscars alors qu'il s'agit sans conteste d'un film culte ?

Fabrice Labrousse : Sur 10 nominations, Star Wars a reçu 7 oscars, c'est un chiffre exceptionnel. C'est vrai que George Lucas n'a pas reçu ceux du meilleur scénario ou de la meilleure réalisation. La musique, le son et les effets spéciaux se sont taillés la part du lion. Et une vraie nouveauté, c'est que tous ces techniciens ont été mis en pleine lumière, je pense notamment à John Dykstra, c'était tout à fait inhabituel. En fait, George Lucas est fâché avec Hollywood depuis THX 1138, un film produit par American Zoetrope, une société qu'il a fondée avec Coppola. Hollywood n'a pas apprécié le film et l'a remonté en inversant des scènes et en en coupant d'autres. Pour lui, c'est inacceptable, C'est pour cela qu'il n'aura par la suite de cesse de vouloir s'affranchir des studios hollywoodiens ! A partir de là, il y a eu rupture. Il n'a jamais eu d'Oscar mais il a eu de nombreuses autres récompenses.

Francis Schall : D'abord on constatera que parmi les films présentés comme culte, très peu sont des films oscarisés. La plupart du temps ce sont des films marginaux, tout sauf politiquement correct ! Rien à voir avec la norme hollywoodienne... Dans le cas de Lucas, il ne faut pas oublier qu'il s'est très vite opposé à ce panier de crabes qu'est Hollywood, et que ces gens-là avaient plutôt des raisons de lui en vouloir que de le récompenser ! Ensuite... le succès ! On sait que les studios ont toujours été opportunistes !

En tant que fan de la première heure, et donc de la première trilogie, comment jugez-vous la Prélogie ?

Fabrice Labrousse : Il est normal qu'il y ait un fossé entre les deux trilogies puisqu'elles ont vingt ans d'écart. En vingt ans la technique a fait un bond considérable et Lucas l'a exploitée à fond pour pouvoir raconter son histoire. En 1977, il entre tout de suite dans l'action sans prendre le temps d'expliquer les choses : il n'a pas le temps de le faire et doit charmer le public dès les premières images. Avec la Prélogie, il a décidé de poser son histoire, de poser les fondations de sa galaxie. Cela passe par la présentation des personnages, des lieux, par un développement politique qu'il n'est pas toujours facile de suivre. Et c'est vrai que La Menace fantôme démarre plus lentement et qu'il y a moins d'humour. Il n'a pas réussi à faire avec Jar-Jar Brinks ce qu'il avait réussi avec C-3PO et R2-D2 dans la première trilogie. Chaque trilogie a ses adeptes, mais je crois que les fans aiment Star Wars tout simplement. Je pense que tout le monde s'est retrouvé avec La Revanche des Sith. D'une manière générale, il a quand même réussi à ce que tout se tienne très bien !

Francis Schall : Eh bien voilà, vous avez ici deux passionnés d'approche différente ! J'ai découvert La guerre des étoiles à sa sortie, et j'avais vingt-cinq ans. Cinéphile dès la première heure, j'avais déjà derrière moi des centaines de films. La Guerre des étoiles, puis surtout L'Empire contre-attaque furent pour moi des chocs. Remettez-vous dans le bain cinématographique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt : en dehors du révolutionnaire 2001, l'odyssée de l'espace ?" mais qui était bien plus qu'un film ?" qu'avions-nous comme références ? Oui, quelques bijoux tels Planète interdite, Les survivants de l'infini, Le jour où la Terre s'arrêta... Les films imaginés par Lucas étaient, dans leur ton et leur manière, complètement nouveaux. Eh oui, je préfère de loin la Trilogie ! Et j'ai eu grand plaisir à revoir les versions originales sorties récemment en DVD : les bugs, leurs tâtonnements évidents avaient pour moi ce charme évoqué précédemment de la magie et de l'innocence. Et puis avec la Trilogie nous sommes dans le pur space-opera, que j'adore ! Ensuite, trop de technique, trop de raccords de scénario maladroits, une complexité recherchée dans l'histoire, mais Lucas n'est pas Frank Herbert ?" ?" l'auteur de Dune. Attention, je ne dis pas que je n' ai pas pris plaisir à la Prélogie, au contraire ! Mais plus dans un domaine de l'avancée des techniques, des prouesses visuelles et sonores que du bonheur simple de l'immersion dans un monde aimé et... perdu.

Dans votre livre, vous posez indirectement la question de savoir si George Lucas est un ' alter mondialiste ' qui refuse le système capitaliste, notamment en s'affranchissant d'Hollywood...

Fabrice Labrousse : Il ne s'en cache pas. C'est quelqu'un que le coté politique des choses ne laisse pas indifférent. Dans La Revanche des Sith, il explique comment un être maléfique transforme une démocratie en dictature sous les applaudissements. Star Wars n'est certes pas une saga politique, mais c'est une succession de films, un tout qui a une réelle dimension politique. Lucas fait très souvent référence à l'Histoire, il aime mentionner le parcours de Rome, de Napoléon ou d'Hitler. Pour lui, l'histoire se répète inlassablement, y compris encore à notre époque.

Francis Schall : En trente ans Lucas à évolué. De l'étudiant aux idées protestataires des années bouillonnantes de la guerre du Vietnam et autres contestations ?" voir THX 1138 et American Graffiti - à l'homme d'affaires du début du XXIe siècle, s'écoule une période fondamentale de l'histoire de l'humanité, qui a vu tant de transformations ! Rappelez-vous que, au départ, c'est lui, avec John Milius, qui avait écrit Apocalypse Now ; et qu'il devait réaliser le film, s'il n'avait déjà été engagé dans le tournage de La Guerre des étoiles. Ce qu'il y a de passionnant avec George Lucas, mais parfois aussi d'agaçant ! et que nous avons montré tout au long de notre ouvrage, avec de très nombreuses citations et références, c'est son côté humain : il n'a pas peur de prendre des risques, ni de se contredire. Et en quarante ans ?" si on le prend à ses débuts ?" on le découvre passant de l'expérimental et de la remise en question de l'american way of life à des réflexions politiques au niveau planétaire, citant Bush Jr. et la guerre en Irak, en passant par Joseph Campbell (son mentor des années quatre-vingt, un des grands mythologues américains) et par des recherches philosophiques et métaphysiques. Lucas est un homme complet, avec ses traits de génie et ses engagements courageux, mais aussi ses maladresses et ses contradictions.

Comment expliquez-vous le phénomène du ' fandom ' - contraction de fan et de kingdom (royaume) - que vous décrivez dans votre livre ?

Fabrice Labrousse : Ça m'amuse et je respecte énormément le phénomène. C'est quelque chose qui se transmet de génération en génération, et je trouve ça vraiment sympa. Récemment, lors d'une convention, j'ai croisé quelqu'un en tenue de Stormtrooper accompagné de son fils, haut comme trois pommes, habillé en Jedi. Après, comme cela arrive souvent, il y a évidemment des excès, mais qui sont propres au phénomène des fans, pas nécessairement à Star Wars !

Francis Schall : J'ai été un fan très actif durant toutes les années soixante-dix. Evidemment, là aussi, les choses ont bien changé ! A l'époque on se tachait les doigts avec les stencils à la ronéo pour faire nos fanzines - ?" qui étaient surtout axés sur la littérature et la musique ?" et aujourd'hui on joue de l'ordinateur pour concevoir son site ?" en privilégiant le cinéma et les jeux multimédias. Le comportement des fans dans son ensemble ne peut être jugé d'une pièce. Les fans ?" garçons et filles, de tout âge ?" sont bien plus souvent dans la construction que dans l'inertie, et dans l'élaboration que dans la passivité. Le fan est souvent actif et inventif. Nous l'avons constaté encore tout dernièrement lors de la ' Convention génération Star Wars ' à Cusset, dans l'Allier, où nous sommes allés présenter notre livre en avant-première. Alors, oui, sans conteste, je trouve les fans passionnants, souvent bourrés d'humour et capables ?" contrairement à ce que pensent beaucoup de gens - de prendre de la distance avec leur passion.